Moyen-Orient: retour sur un siècle de convoitises nucléaires

L'ancien président iranien Hassan Rohani avec le directeur de l'agence nucléaire iranienne Ali Akbar Salehi, le 9 avril 2019 à Téhéran.

L'ancien président iranien Hassan Rohani avec le directeur de l'agence nucléaire iranienne Ali Akbar Salehi, le 9 avril 2019 à Téhéran.

Depuis la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel en 1896 jusqu’aux frappes israélo-américaines de février 2026, l’énergie nucléaire est passée par promesse civile, accords internationaux et menaces militaires. Née en Europe, puis au centre du projet Manhattan en 1945, pour être finalement encadrée par le Traité de non-prolifération de 1968, l’arme nucléaire est devenue l’enjeu central des rapports de force internationaux. L’Iran s’inscrit dans cette longue histoire, soupçonné depuis plusieurs décennies de poursuivre un programme nucléaire militaire clandestin.

Le 03/04/2026 à 11h08

Le 28 février 2026, des frappes israélo-américaines s’abattent sur l’Iran. En quelques heures, des décennies de tensions diplomatiques, de négociations avortées et d’escalades militaires se cristallisent en un acte de guerre. La raison officiellement avancée étant la suspicion, jamais totalement démentie, que Téhéran cherche à se doter de l’arme nucléaire. Mais pour comprendre cet acte de guerre, il faut remonter bien plus loin. Qu’est-ce que le nucléaire, et d’où vient-il? Comment en est-on arrivé à cette situation en Iran?

Contexte: Qu’est-ce que le nucléaire? D’où vient-il?

En 1896, Henri Becquerel, physicien français, découvre le phénomène de la radioactivité en observant que des sels d’uranium émettent spontanément des rayonnements invisibles. Rapidement, Marie et Pierre Curie poursuivent ses recherches et identifient le radium et le polonium.

Otto Hahn et Fritz Strassmann, en 1938, découvrent la fission nucléaire où un noyau d’uranium se divise, libérant une énergie colossale. C’est le début de l’ère nucléaire.

En 1945, les États-Unis mettent en place le projet Manhattan qui a pour but de créer rapidement une arme nucléaire puissante avant que l’Allemagne nazie ne se la procure. C’est le déclenchement de la course à l’armement. La première bombe nucléaire est testée le 16 juillet 1945, puis deux autres sont utilisées pour mettre fin à la Seconde Guerre mondiale au Japon en août 1945.

La guerre froide succède à la Seconde Guerre mondiale et oppose à présent l’URSS et les États-Unis, tous deux détenant l’arme nucléaire. À cette époque, de nombreux pays tentent de se doter de cette arme afin de se protéger des grandes puissances. C’est donc dans ce contexte que le Royaume-Uni en 1952, la France en 1962 et la Chine en 1964, se procurent la bombe atomique.

En parallèle de ce développement militaire du nucléaire, un usage civil se développe aussi. Le nucléaire s’oriente vers la production d’électricité, avec la création du CEA, en France par exemple, et la mise en service des premières centrales dans les années 1950.

La situation devenant de plus en plus tendue dans le contexte de la guerre froide et les pays s’armant de plus en plus, la communauté internationale s’entend pour dire qu’il est urgent de mettre en place des règles et de limiter la production et la diffusion de l’arme. Un premier pas est franchi lors de la création de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) mise en place par l’ONU, dont le but est de veiller à l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques et de faire en sorte que cette technologie ne puisse plus servir à des fins militaires pour créer une arme nucléaire.

Après la crise de Cuba en octobre 1962, le monde est en sursis et craint une guerre nucléaire. C’est dans cette atmosphère que naissent les premières idées du traité de non-prolifération en 1968. Les objectifs de ce traité étant la non-prolifération de l’arme dans d’autres pays, le désarmement, qui entend que les États la possédant s’engagent à cesser la course à l’armement et à se désarmer progressivement.

Enfin, le dernier objectif est celui de l’utilisation pacifique, pour l’énergie civile. Ce sont 191 parties qui signent ce traité, parmi lesquels les pays possédant déjà l’arme nucléaire.

Néanmoins, quatre pays s’abstiennent: Israël, l’Inde, le Pakistan et le Soudan du Sud. Certains d’entre eux se dotent même de l’arme. C’est le cas de l’Inde et du Pakistan qui l’ont annoncé officiellement l’utilisant comme dissuasion lors d’affrontements mutuels au Cachemire. Ou encore le cas de la Corée du Nord étant sortie des Accords en 2003, ou le cas d’Israël développant l’arme secrètement depuis les années 1968 en n’annonçant ni ne démentant son obtention.

Le cas du nucléaire iranien, au cœur de l’actualité mondiale

Enfin, la situation de l’Iran, au centre de l’actualité. Qu’en est-il réellement du nucléaire en Iran et pourquoi les États-Unis et Israël ont-ils décidé de mener une offensive maintenant?

L’Iran est suspecté par L’AIEA depuis plusieurs années de vouloir se doter de l’arme nucléaire à des fins militaires et non plus uniquement civiles. L’Iran a toujours nié cette suspicion.

Selon Gilles Paris, éditorialiste à Le Monde, le ressentiment américain vis-à-vis de l’Iran remonte à 1979 lors de la Révolution islamique, durant laquelle 52 diplomates américains ont été otages pendant près de 444 jours. À cette époque, Donald Trump, alors agent immobilier, était interviewé et faisait part de son sentiment d’humiliation face à ce «manque de respect» que faisait subir l’Iran aux États-Unis. À cela s’est ajouté l’échec de l’opération de secours à ces otages en avril 1980, causant la mort de 8 militaires américains.

En parallèle, le président américain de l’époque, George W. Bush, lance une offensive en Iran, causant de grands traumatismes à la population américaine et faisant basculer l’opinion publique. Ainsi, étant déjà impliqués dans deux guerres au Moyen-Orient, en Irak et en Afghanistan, les États-Unis se retrouvent en manque de fonds pour financer une nouvelle guerre contre l’Iran, qui commence à l’époque à éveiller les soupçons quant à son utilisation du nucléaire.

Lorsque Barack Obama est élu en 2008, il change de stratégie et souhaite en finir avec la guerre d’Irak et ne plus infliger, aux Américains, une nouvelle guerre contre l’Iran. À la place, il opte pour la mise en place de négociations. Ainsi, en 2015, les membres du Conseil de sécurité de l’ONU, les pays membres de l’Union européenne ainsi que l’Iran se retrouvent en Autriche pour signer l’accord de Vienne (JCPOA).

Cet accord à pour objectif de contrôler le programme nucléaire iranien via l’AIEA et de permettre ainsi la levée progressive des sanctions économiques qui touchent le pays.

Cependant, dès son élection en 2017, Donald Trump, évoque la volonté de sortir de ces accords ayant pour but de trouver un compromis plus satisfaisant avec l’Iran. Ainsi, le 8 mai 2018, les États-Unis se retirent de l’Accord de Vienne et mettent en place de larges sanctions économiques contre le pays.

Joe Biden, lors de son mandat (2021-2025) souhaite réintégrer cet accord, cependant, il se rend vite compte que de nombreuses pressions l’en empêchent, comme celles des lobbies, du gouvernement israélien et même l’opposition interne. Ainsi, fin 2022, le président américain annonce que l’accord est «mort».

En 2025, Donald Trump est réélu et se présente comme un président anti-guerre, qui empêchera la troisième guerre mondiale. Néanmoins, en parallèle, les États-Unis rejoignent les offensives israéliennes ciblant l’Iran.

Ainsi, au cours des années 2024-2025, de nombreuses escalades militaires ont lieu durant lesquelles les États-Unis et Israël constatent un affaiblissement militaire iranien permettant d’imaginer une possible guerre facile à gagner. Le 21 juin 2025, après l’offensive américaine, Donald Trump annonce l’anéantissement total du programme nucléaire iranien.

Cependant, le 28 février, les États-Unis et Israël décident d’une nouvelle attaque. Le nucléaire iranien n’aurait pas été totalement anéanti…

L’attaque de février 2026 ne marque peut-être pas la fin d’une crise, mais le début d’une nouvelle ère d’incertitudes. En un siècle, des traités ont été signés, des accords conclus, des diplomaties mises en danger et pourtant, la menace n’a jamais vraiment disparu.

Le cas iranien révèle la fragilité de l’ordre nucléaire mondial bâti sur la confiance et le consensus. Que se passe-t-il quand l’un des acteurs clés décide de s’en retirer, comme les États-Unis? Que valent les traités si on ne peut plus les faire respecter?

Par Margaux Paris
Le 03/04/2026 à 11h08