La ville de Kénitra s’apprête à accueillir, d’ici la fin du mois de mars 2026, le lancement de la phase expérimentale de la feuille de soins électronique, une réforme majeure qui marque une étape décisive dans la modernisation du système de couverture médicale dans le Royaume. Cette expérimentation devra ouvrir la voie à une généralisation progressive à l’échelle nationale entre avril et juin de la même année, annonçant ainsi la fin d’un modèle administratif largement dominé par le support papier, dont le coût annuel est estimé à près de 100 millions de dirhams, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du mardi 17 février.
Ce virage numérique, piloté par la Caisse nationale de sécurité sociale, ambitionne de remplacer les procédures traditionnelles par un échange numérique sécurisé des données entre l’institution et l’ensemble des acteurs du parcours de soins, notamment les médecins, les pharmaciens, les laboratoires d’analyses médicales et les centres d’imagerie. Le nouveau dispositif s’inscrit dans une logique d’intégration des services reposant sur un système d’information unifié qui connecte les différents intervenants autour du dossier médical du patient.
Concrètement, le processus débute chez le médecin qui établit la prescription via une plateforme informatique dédiée ou un portail numérique spécifique. Une fois la consultation terminée, le patient reçoit une ordonnance comportant un code QR et un identifiant unique correspondant à sa feuille de soins électronique. Ces éléments permettent ensuite au pharmacien ou au laboratoire de consulter directement le dossier du patient, d’y consigner les actes réalisés ou les médicaments délivrés, et de transmettre automatiquement les informations à l’organisme gestionnaire, a-t-on pu lire dans Al Ahdath Al Maghribia.
Afin d’éviter toute perturbation dans la continuité des soins lors de la transition vers le numérique, les autorités ont prévu une période intermédiaire durant laquelle les supports papier et électroniques coexisteront. Cette phase vise à garantir la stabilité des services tout en permettant aux professionnels de santé de s’adapter progressivement au nouveau système. Cette transformation s’accompagne également d’évolutions législatives majeures introduites par la loi 54.23, publiée au Bulletin officiel le 29 janvier 2026. Le texte prévoit notamment le transfert de la gestion de l’assurance maladie du secteur public de la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale vers la Caisse nationale de sécurité sociale, une mesure qui vise à rationaliser la gouvernance du système de couverture médicale.
La réforme inclut également la suppression du régime d’assurance maladie dédié aux étudiants en tant que mécanisme autonome, ceux-ci étant désormais intégrés à d’autres dispositifs de couverture, ainsi que l’extension de la prise en charge des enfants à charge jusqu’à l’âge de 30 ans sous certaines conditions. Selon les estimations officielles, la dématérialisation des feuilles de soins devrait générer des économies substantielles pour la Caisse nationale de sécurité sociale, évaluées à environ 400 millions de dirhams par an grâce à la réduction des coûts liés à l’impression et au traitement manuel des dossiers. Toutefois, plusieurs experts attirent l’attention sur le risque de transfert d’une partie des charges vers les structures médicales privées, qui devront investir dans des équipements informatiques, des dispositifs de sécurisation des données et des systèmes de connexion adaptés.
Dans les rangs des professionnels de santé, certaines inquiétudes persistent quant à l’éventuelle augmentation des contraintes administratives susceptibles de ralentir le rythme de travail quotidien, indique le quotidien. Les représentants du secteur insistent sur la nécessité de concevoir un système ergonomique, simple d’utilisation et accompagné de formations adaptées afin d’assurer son appropriation effective par l’ensemble des intervenants.
Au-delà de ses implications techniques, la feuille de soins électronique constitue un élément central dans la constitution d’un dossier médical partagé, considéré comme un levier stratégique pour améliorer la coordination des soins, renforcer la transparence et optimiser l’efficacité globale du système de santé marocain.
La réussite de cette réforme reste néanmoins conditionnée à la mise en place d’un accompagnement technique suffisant, notamment dans les zones rurales et les régions moins équipées en infrastructures numériques. Lors d’une intervention en octobre dernier, Amine Tahraoui, ministre de la Santé et de la Protection sociale, avait indiqué que l’accélération de la digitalisation du secteur de la santé est une priorité gouvernementale visant à renforcer l’équité d’accès aux services médicaux. Il avait également précisé que la feuille de soins électronique permettrait aux patients de suivre l’évolution de leur dossier médical à travers des solutions numériques modernes, rompant ainsi avec les procédures administratives traditionnelles basées sur le papier. Selon le ministre, cette réforme contribuera à rationaliser les dépenses publiques tout en améliorant la qualité des prestations offertes aux assurés.








