Au Congrès, le Maroc a installé le Sahara au cœur du jeu américain

Youssef Amrani, l’ambassadeur du Maroc à Washington, dans Kennedy Caucus room, le 7 janvier 2026.

Revue de presse Réunis au Congrès pour célébrer 250 ans de relations entre Rabat et Washington, responsables politiques américains et diplomates marocains ont affiché une convergence rare. Derrière l’hommage historique, la soirée du 7 janvier a surtout confirmé le basculement du dossier du Sahara vers la capitale américaine, devenue l’épicentre d’une séquence diplomatique décisive. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 09/01/2026 à 19h49

Le 7 janvier, dans la solennelle Kennedy Caucus Room, les dorures du Congrès américain semblaient avoir pris des accents venus du sud de la Méditerranée. L’espace d’une soirée, Rabat s’est invité au cœur du pouvoir législatif américain. Près de deux cents convives avaient répondu à l’invitation, décrit le magazine Jeune Afrique dans un article dédié: élus démocrates et républicains, hauts responsables militaires, diplomates chevronnés, figures influentes de la diaspora marocaine, dirigeants d’entreprises, mais aussi quelques noms issus des univers de la mode et du design, à l’image de Georges Marciano, fondateur de Guess, ou de Joe Ouaknine, PDG de la maison Clergerie. Un assemblage rare, à la croisée des réseaux politiques, économiques et culturels, où chaque échange informel semblait prolonger un dialogue diplomatique de fond, lit-on.

Cette célébration marquait le 250ème anniversaire d’une alliance historique, née en 1777 lorsque le Maroc devint la première nation à reconnaître l’indépendance américaine. Cette longévité rare a été honorée par le Congrès avec un prestige exceptionnel, témoignant de la solidité des liens entre les deux pays. Pourtant, au-delà de l’hommage au passé, cet événement s’inscrivait dans une dynamique stratégique actuelle, utilisant l’histoire comme levier pour consolider des intérêts d’avenir.

Prenant la parole, l’ambassadeur du Maroc à Washington, Youssef Amrani, a rappelé que cette relation ne devait rien au hasard. Elle s’est, selon lui, construite dans la durée, à force de constance, de confiance et de choix assumés. Il a insisté sur la solidité d’un lien qui, à ses yeux, n’a jamais été démenti par les aléas géopolitiques, évoquant une amitié fondée sur la loyauté et le respect mutuel. Plus significatif encore, le diplomate a souligné que cette proximité permettait aujourd’hui d’atteindre des niveaux de convergence avancés sur des dossiers stratégiques majeurs, en premier lieu la question du Sahara, sur laquelle les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine.

Dans l’assistance, écrit Jeune Afrique, les responsables politiques américains ont relayé ce message avec une rare unité de ton. Le sénateur républicain Tim Sheehy a rappelé que le Maroc avait soutenu les États-Unis dès leurs premiers pas sur la scène internationale, plaidant pour un renforcement des alliances historiques à l’heure où l’ordre mondial traverse une phase d’incertitude. Le démocrate Tim Kaine a, pour sa part, estimé que ce partenariat était appelé à gagner encore en importance dans les années à venir. Le congressman Jimmy Panetta a salué un allié avec lequel Washington entretient des relations de qualité sur les plans diplomatique, militaire et économique, soulignant la profondeur d’une coopération qui dépasse largement le cadre symbolique.

Derrière les discours et les formules protocolaires, un constat s’imposait, lit-on encore dans Jeune Afrique: la relation maroco-américaine n’est plus seulement un héritage du passé, elle est devenue un instrument stratégique à part entière. Et au fil des conversations feutrées, un dossier revenait avec insistance, parfois à demi-mot, parfois plus explicitement: celui du Sahara.

Contrairement à l’idée d’un processus figé depuis l’adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, la dynamique actuelle est tout sauf immobile. Certes, depuis la réunion de haut niveau organisée à Rabat le 10 novembre 2025, sous la présidence des conseillers royaux Taïeb Fassi-Fihri et Omar Azziman, peu d’informations ont filtré publiquement. En interne, le Maroc poursuit la finalisation d’un nouveau schéma d’autonomie, un chantier qui mobilise les cercles institutionnels et suppose des arbitrages constitutionnels et territoriaux. Mais l’essentiel se joue désormais ailleurs. Le centre de gravité du dossier s’est progressivement déplacé vers Washington, souligne le magazine panafricain.

L’administration américaine assume aujourd’hui un rôle moteur. La résolution 2797, soutenue et portée diplomatiquement par les États-Unis, consacre l’option de l’autonomie comme la plus réaliste et relègue définitivement les scénarios de référendum à la marge. En coulisses, le département d’État plaide pour une conduite plus directe des négociations à venir, une volonté claire d’accélérer un dossier jugé trop lent et trop dépendant des inerties onusiennes.

Cette évolution s’inscrit dans une lecture stratégique plus large de la région. Longtemps périphérique dans les priorités américaines, le Sahara est désormais appréhendé comme un élément clé d’un échiquier régional complexe. Il est question de sécurité au Sahel, de rivalités d’influence avec la Chine et la Russie, de consolidation des équilibres issus des accords d’Abraham, mais aussi de sécurisation de futurs corridors logistiques atlantiques autour du port de Dakhla. Pour Washington, l’objectif n’est pas tant de parvenir à une solution idéale que de stabiliser durablement un espace jugé stratégique, dans un calendrier contraint par les échéances politiques américaines de 2026, explique Jeune Afrique.

Dans ce contexte, le Maroc avance avec assurance. À Washington, Rabat bénéficie d’un capital politique rare: une alliance militaire structurée, un accord de libre-échange unique en Afrique, un lobbying actif et cohérent et une diplomatie incarnée par un ambassadeur rompu aux codes et aux réseaux de la capitale fédérale. Youssef Amrani aime rappeler que le Maroc ne fut pas seulement le premier pays à reconnaître les États-Unis, mais aussi un partenaire constant, qui n’a jamais fait défaut.

Face à cette dynamique, l’Algérie apparaît plus en difficulté, écrit encore Jeune Afrique. Son refus persistant de négocier, sa capacité limitée à influencer l’agenda américain et une prudence stratégique accrue dans un environnement international instable réduisent sa marge de manœuvre. La chute de Nicolás Maduro au Venezuela a d’ailleurs illustré la fragilité de certaines solidarités idéologiques, dans un monde où Washington arbitre de plus en plus ses choix selon des critères de loyauté et d’efficacité.

La soirée du 7 janvier prenait ainsi des allures de signal politique. Sous ses dehors mondains, elle ressemblait à une répétition générale d’une nouvelle séquence diplomatique. Le Sahara est désormais traité à Washington comme un dossier stratégique à part entière, lié aux équilibres régionaux et aux priorités américaines. Derrière les sourires, les petits fours et les flashes des photographes, la diplomatie marocaine a clairement changé de rythme. Et ce sont désormais les couloirs du Capitole, bien plus que les salles feutrées des Nations unies, qui semblent donner la cadence.

Par La Rédaction
Le 09/01/2026 à 19h49