«L’Iran veut effectivement parler, et nous parlerons», a déclaré jeudi le président américain devant le Forum économique de Davos, après être revenu sur les frappes des États-Unis contre des sites d’enrichissement d’uranium iraniens en juin dernier, destinées selon lui à «ne pas laisser» Téhéran fabriquer une bombe nucléaire.
Mais il a par la suite affirmé qu’une «armada» américaine était en route pour le Golfe. «Nous avons beaucoup de navires qui se dirigent dans cette direction, au cas où», a-t-il dit à bord de l’avion le ramenant de Suisse.
Si Donald Trump a menacé à plusieurs reprises d’intervenir militairement lors de la violente répression du récent mouvement de contestation en Iran, cette perspective semble s’être éloignée au cours de la semaine passée.
Pour autant, le chef des gardiens de la révolution, Mohammad Pakpour, a mis de l’huile sur le feu jeudi en invitant Israël et les États-Unis à tirer les leçons de leur récente guerre pour ne pas connaître un «sort douloureux».
L’Iran et Israël se sont livrés en 2025 une guerre de 12 jours, déclenchée par une attaque sans précédent d’Israël le 13 juin contre des installations militaires et nucléaires sur le territoire iranien ainsi que des zones habitées. Les États-Unis s’étaient joints à l’offensive de leur allié israélien en frappant trois sites nucléaires dans la nuit du 21 au 22 juin.
«Le Corps des gardiens de la révolution islamique et notre cher Iran ont le doigt sur la gâchette, plus préparés que jamais, prêts à exécuter les ordres et mesures du guide suprême, un leader qui leur est plus cher que leur propre vie», a prévenu M. Pakpour, en faisant référence à l’ayatollah Ali Khamenei.
Mohammad Pakpour avait été nommé en juin dernier par M. Khamenei pour succéder à Hossein Salami, tué lors des frappes aériennes israéliennes.
Ses propos ont été lus à la télévision d’État à l’occasion du jour de célébration nationale des gardiens de la révolution islamique, bras idéologique du guide suprême et force armée extrêmement organisée, accusée par les organisations de droits humains d’avoir orchestré la répression meurtrière du vaste mouvement contestataire en Iran.
«Cibles légitimes»
Un autre haut responsable militaire iranien, le général Ali Abdollahi Aliabadi, a de son côté averti qu’en cas d’attaque américaine, «tous les intérêts, bases et centres d’influence américains» seraient des «cibles légitimes» pour les forces armées iraniennes.
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Le président iranien Massoud Pezeshkian a accusé jeudi les États-Unis et Israël d’attiser les manifestations comme une «vengeance lâche (…) pour leur défaite dans la guerre des 12 jours».
L’Iran et les États-Unis, ennemis jurés depuis la révolution islamique de 1979, ne cessent d’échanger des menaces.
Donald Trump avait ainsi haussé le ton mardi à l’égard des dirigeants iraniens, menaçant de les «rayer de la surface de la Terre» si «quoi que ce soit» lui arrivait. Plus tôt, le général iranien Abolfazl Shekarchi l’avait menacé de mort si Washington s’en prenait à la personne de l’ayatollah Ali Khamenei.
L’Iran ne se retiendra pas en cas d’attaque, avait encore commenté le ministre iranien des affaires étrangères Abbas Araghchi, dans une tribune mardi dans le Wall Street Journal, ajoutant que l’Iran a «toujours été prêt à mener des négociations réelles et sérieuses».
Deux semaines sans internet
Déclenchée le 28 décembre, la mobilisation en Iran a pris une ampleur majeure le 8 janvier, défiant ouvertement la République islamique, avant d’être violemment réprimée.
La télévision d’État iranienne, citant la Fondation iranienne pour les martyrs et les anciens combattants, a annoncé mercredi que 3.117 personnes avaient été tuées, un premier bilan officiel très inférieur à ceux avancés par des défenseurs des droits humains.
Selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège et dont les chiffres sont cités par l’ONU, au moins 3.428 manifestants ont été tués mais le bilan pourrait même dépasser les 20.000 morts.
Une coupure nationale d’internet, qui a permis selon des organisations des droits humains de masquer la répression, dure depuis «deux semaines complètes», a relevé jeudi l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, précisant que ces derniers jours l’accès a été très sporadique et limité à des sites gouvernementaux.












