À la suite de quatre jours d’audiences, dites de «confirmation des charges», cette juridiction basée à La Haye déterminera si l’ancien homme fort de Manille, inculpé de crimes contre l’humanité, sera jugé au cours d’un procès. La Cour aura 60 jours pour communiquer sa décision.
Celui qui a dirigé les Philippines de 2016 à 2022 ne sera pas présent lors des audiences, la Cour ayant approuvé vendredi sa demande de renoncer à son droit de comparer, envoyée mercredi.
Elle avait rejeté en novembre dernier les arguments selon lesquels l’octogénaire n’était pas apte à se présenter face aux juges.
L’ancien chef d’État a été arrêté à Manille le 11 mars 2025 sous son successeur Ferdinand Marcos Jr. Il avait été transporté par avion vers les Pays-Bas dans la nuit même et est détenu depuis à la prison de Scheveningen, à quelques encablures de la mer du Nord.
Le premier chef d’accusation concerne la participation présumée de Duterte en tant que coauteur à 19 meurtres commis de 2013 à 2016, lorsqu’il était maire de Davao, l’une des principales villes des Philippines dans le sud de l’archipel.
Le deuxième chef se rapporte à 14 meurtres de prétendues «cibles de haute valeur» en 2016 et 2017, lorsque Duterte était président.
Exécutions extrajudiciaires
Le troisième chef porte quant à lui sur 43 meurtres commis à travers les Philippines lors d’opérations de «nettoyage» entre 2016 et 2018, visant des consommateurs ou revendeurs de drogue présumés.
M. Duterte a nié les accusations, a déclaré son avocat Nicholas Kaufman à la presse en amont des audiences.
Les groupes de défense des droits humains estiment que les exécutions extrajudiciaires liées à la campagne antidrogue de Duterte ont conduit à la mort de dizaines de milliers de personnes, pour la plupart pauvres, tuées par des policiers et des groupes d’autodéfense, souvent sans qu’il soit prouvé qu’elles étaient liées au monde de la drogue.
Cible de condamnations à l’étranger, la justice expéditive de Duterte a néanmoins été soutenue par des dizaines de millions de Philippins.
L’organisation non gouvernementale Human Rights Watch a qualifié l’audience à venir d’«étape décisive pour garantir la justice aux victimes de la ‘guerre contre la drogue’ aux Philippines».
Les Philippines ont quitté la CPI en 2019, sur instructions de Duterte, mais la Cour a jugé qu’elle conserve sa compétence pour les crimes présumés commis dans le pays entre 2011 et 2019.
La défense a fait appel de cette décision. L’issue est toujours en attente.
L’affaire intervient alors que la CPI fait face à d’intenses pressions politiques, notamment deux vagues de sanctions américaines imposées depuis juin 2025.








