La Bourse de Casablanca suscite de nouveau l’intérêt des acteurs régionaux du conseil financier, dans un contexte marqué par le retour en force du marché boursier marocain. Parmi les signaux révélateurs de cette dynamique figure l’intention du groupe égyptien Zilla Capital de s’implanter au Maroc à partir du second semestre 2026. «Cette perspective, annoncée par Mustafa Al-Shaniti, associé gérant et responsable des services bancaires d’investissement du groupe, traduit un repositionnement stratégique d’un acteur qui souhaite accompagner l’essor des marchés de capitaux dans la région», indique le magazine Challenge dans une analyse dédiée.
Cette volonté d’expansion intervient alors que la place casablancaise sort d’une période particulièrement favorable. En 2025, la capitalisation boursière a franchi le seuil symbolique des 1.000 milliards de dirhams, tandis que l’indice MASI a enregistré une progression notable, soutenue par une conjoncture économique relativement solide et par le retour progressif de la confiance des investisseurs, notamment individuels. Ce regain d’attractivité s’inscrit dans une transformation plus large du rôle du marché financier marocain, désormais appelé à jouer un rôle accru dans le financement de l’économie.
Le choix du Maroc par Zilla Capital repose sur une lecture stratégique du cycle économique dans lequel le Royaume s’engage. Les prochaines années devraient être marquées par un volume important d’investissements liés à des projets d’infrastructures, à la transition énergétique et à la modernisation urbaine, notamment dans la perspective de la Coupe du monde 2030. Ces chantiers structurants devraient intensifier les besoins de financement à long terme et renforcer le recours aux marchés de capitaux, créant ainsi un environnement favorable à l’activité de conseil financier.
«Fondé au Caire en 2018, Zilla Capital s’est rapidement imposé comme un acteur influent dans le domaine du conseil financier, avec une spécialisation marquée dans les introductions en Bourse, les opérations de fusions-acquisitions et la structuration de levées de fonds», souligne Challenge. En quelques années, le groupe a étendu sa présence au-delà du marché égyptien pour s’implanter aux Émirats arabes unis et au Kenya, tout en affichant des ambitions d’expansion en Arabie saoudite et désormais au Maroc. Cette trajectoire illustre l’émergence d’une nouvelle génération de banques d’investissement issues des marchés émergents, capables de servir de relais entre les capitaux régionaux et les opportunités de croissance sur le continent africain.
L’activité du groupe couvre l’accompagnement stratégique des entreprises privées et cotées, notamment dans les opérations d’augmentation de capital, les restructurations financières et les stratégies de croissance externe. Selon les données communiquées par la société, Zilla Capital a déjà conseillé des transactions représentant plusieurs milliards de dollars dans des secteurs variés, incluant la santé, l’éducation, l’agro-industrie et les services financiers. Cette diversification sectorielle constitue un atout dans des environnements économiques où les besoins de financement restent multiples et évolutifs.
L’approche revendiquée par Zilla Capital repose sur une proximité avec les marchés africains et moyen-orientaux, que le groupe considère comme un avantage concurrentiel face aux grandes banques d’investissement internationales. En privilégiant une compréhension fine des cadres réglementaires, des réalités culturelles et des spécificités économiques locales, le groupe entend proposer une offre de conseil adaptée aux entreprises régionales tout en respectant les standards internationaux.
Dans le cas du Maroc, l’arrivée d’un nouvel acteur spécialisé dans les introductions en Bourse pourrait contribuer à dynamiser davantage le marché primaire, écrit Challenge. Plusieurs analyses considèrent en effet que le développement des IPO représente un levier stratégique pour l’économie nationale, dans un contexte où les marges budgétaires de l’État restent limitées et où la mobilisation de l’épargne privée devient une priorité pour soutenir l’investissement productif. Les entreprises marocaines, en particulier dans les secteurs industriels, énergétiques, des infrastructures et des services, sont ainsi de plus en plus encouragées à recourir aux mécanismes de financement via le marché boursier.
L’expérience internationale de Zilla Capital pourrait également jouer un rôle dans l’attraction d’investisseurs étrangers vers la place casablancaise. Le groupe opère déjà au Kenya, où il participe à des transactions stratégiques, et a facilité des investissements transfrontaliers, notamment dans le secteur de l’enseignement supérieur. En Égypte, il accompagne plusieurs projets d’introduction en Bourse dans les secteurs de la logistique et de l’industrie, avec un objectif de gestion d’actifs évalué à plusieurs milliards de livres égyptiennes. Aux Émirats arabes unis, la société a mené plusieurs opérations de fusions-acquisitions dans le Golfe, tout en se positionnant sur les instruments obligataires, les sukuk et les financements liés à l’immobilier et au tourisme. Son projet d’expansion en Arabie saoudite, où des licences réglementaires sont attendues, s’inscrit dans une stratégie visant à consolider sa présence dans la région MENA.
L’intérêt du groupe pour le Maroc s’explique également par les caractéristiques structurelles du marché local. La stabilité politique relative, la prévisibilité du cadre réglementaire, la proximité géographique avec l’Europe et l’ouverture progressive vers l’Afrique de l’Ouest constituent des facteurs d’attractivité pour les investisseurs internationaux. Ces éléments renforcent la position de Casablanca en tant que hub financier régional susceptible de structurer des opérations transfrontalières.
Du point de vue de la place financière marocaine, l’implantation d’un acteur étranger de cette envergure s’inscrit dans un mouvement plus large d’internationalisation. Elle pourrait contribuer à diversifier les profils d’intervenants sur le marché, à renforcer la crédibilité de la Bourse de Casablanca auprès des investisseurs institutionnels internationaux et à faciliter l’accès des entreprises marocaines à de nouvelles sources de financement, notamment en provenance du Moyen-Orient, encore peu exposé aux opportunités offertes par le marché marocain.
Toutefois, l’installation effective de Zilla Capital reste conditionnée à l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires. À ce stade, aucune confirmation publique ne fait état d’un agrément officiel délivré par l’Autorité marocaine du marché des capitaux. Le processus d’autorisation, encadré par l’AMMC et le ministère des Finances, impose des exigences strictes aux sociétés souhaitant exercer des activités d’intermédiation ou de conseil financier. Ces conditions incluent notamment le respect d’un capital minimum, la vérification de l’honorabilité des dirigeants, la mise en place de garanties financières adéquates ainsi que l’absence de conflits d’intérêts potentiels.
La procédure d’agrément prévoit plusieurs étapes, allant du dépôt d’un dossier complet comprenant les statuts, le plan d’affaires et la description des ressources humaines et techniques, jusqu’à l’examen réglementaire, dont la durée peut atteindre six mois. En cas d’accord, l’autorisation est publiée au Bulletin officiel, tandis qu’un refus doit être motivé par l’autorité compétente.







