Vidéo. Réforme de la formation professionnelle: quel modèle pour le Maroc?

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L’universitaire Joseph Brunet-Jailly remet en cause l’efficacité des stratégies éducatives du Maroc, purement quantitatives, prônées et financées pendant longtemps par la Banque mondiale. La solution, selon lui, passe par la mise en place d’un système éducatif basé sur l’acquisition de compétences.

Le 24/03/2019 à 14h21

L’universitaire français Joseph Brunet-Jailly, remet en cause l’efficacité des stratégies éducatives du Maroc, purement quantitatives, prônées et financées pendant longtemps par la Banque mondiale. La solution, selon lui, passe par la mise en place d’un nouveau système éducatif basé sur l’acquisition de compétences.

«Il n’existe aucun lien entre le taux de scolarisation et la croissance économique», prouve, chiffres à l’appui, Joseph Brunet-Jailly, économiste, enseignant à Sciences-Po à Paris et co-auteur d’un mémorandum sur un modèle alternatif de développement au Maroc.

Dans une déclaration devant Le360, en marge de la journée de restitution dudit document, jeudi 21 mars à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales à Casablanca, Brunet-Jailly plaide ainsi pour une reprise en main de la stratégie éducative. Il est temps, indique-t-il, d’abandonner tous les objectifs d’augmentation des taux de scolarisation et d’augmentation de la proportion de ceux qui parviennent en fin de cycle, au profit d’objectifs formulés en termes de compétences à acquérir.

«Tous les enfants devraient être scolarisés le plus tôt possible pour éveiller leurs capacités cognitives, mais le système scolaire doit être immédiatement sélectif, et orienter les élèves vers des filières correspondant aux capacités qu’ils ont montrées», ajoute cet universitaire français.

Il est évident qu’il s’agit là d’un tout nouveau modèle de développement, et qu’il faudra un grand courage politique pour l’imposer. La proposition de ce mémorandum en matière d’éducation s’adresse à cet égard directement aux responsables politiques, avec cette pharse en forme de harangue: «ayez le courage de proclamer qu’il n y a aucun droit au diplôme, ayez le courage de proclamer que seules l’acquisition de toutes les connaissances inscrites au programme de chaque niveau et des compétences qu’elles donnent permettent d’accéder à la classe supérieure. Ayez le courage de proclamer que l'éducation est nécessairement fondée sur un principe de sélection».

Ce principe, explique Brunet-Jailly, n’exclut pas la démocratisation. L’enseignement, insiste-t-il, doit être ouvert à tous, non seulement dans l’enfance, et dans le préscolaire, mais aussi au cours de la vie active. Cependant, chaque année doivent être exclus ceux qui n’ont pas acquis les connaissances et compétences que l’année d’enseignement devait transmettre.

Ce système, ajoute l’économiste, implique un système d’enseignement unique, supervisé par l’Etat comme une de ses tâches essentielles, et confié aux meilleurs enseignants que l’Etat serait en mesure de recruter, qu’il sélectionnera et supervisera étroitement et auxquels il donnera des rémunérations à la hauteur de leur responsabilité.

Ce nouveau schéma éducatif implique donc une réorganisation complète de la formation professionnelle, soulignent les rédacteurs du mémorandum.

Le fait que le taux de chômage augmente avec le niveau atteint dans les filières de formation professionnelle signifie à l’évidence que les programmes de formation professionnelle ne répondent pas à leur mission.

Joseph Brunet-Jailly invite, en conséquence, le royaume à s’inspirer de l’expérience suédoise, où les programmes de formation professionnelle sont habilités par l’Etat, tous les trois ans, après avoir été négociés entre les établissements de formation et les représentants des entreprises du secteur considéré.

Le rôle de l’Etat porte sur le contrôle de la qualification des écoles et de leur corps enseignant, mais aussi sur l’horizon temporel des besoins pris en considération par les entreprises: l’Etat contrecarre ainsi la tendance des entreprises à définir les besoins sur un horizon trop court.

Autre exemple suggéré par l’économiste français, celui de l’Allemagne, où l’apprentissage est étroitement intégré à la vie de l’entreprise. Un modèle dans lequel les syndicats, notamment celui majoritaire, peuvent jouer un rôle majeur.

Par Wadie El Moudden et Rachid Bennaji
Le 24/03/2019 à 14h21