Sardines congelées: les raisons de la suspension des exportations

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Revue de presseAu-delà de l’argument nutritionnel, cette décision traduit une inflexion stratégique: face à la raréfaction du stock, l’État privilégie désormais la durabilité des ressources halieutiques au détriment des flux commerciaux et des intérêts industriels. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 20/01/2026 à 19h57

Le gouvernement a annoncé une mesure inédite visant à interdire l’exportation des sardines congelées, officiellement pour des raisons de sécurité alimentaire. Devant la Chambre des représentants, Zakia Driouich, secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, a souligné que «cette initiative s’inscrit dans un objectif concret: porter la consommation annuelle de poisson par habitant à 19 kilogrammes». Elle a rappelé que les petits pélagiques, dont la sardine, constituent près de 80 % de la richesse halieutique nationale, faisant de cette ressource un pilier à la fois économique et alimentaire.

«Mais au-delà de l’argument nutritionnel, la décision traduit une inflexion stratégique majeure», analyse le magazine Finances News Hebdo. Le gouvernement ne se limite plus à encadrer les flux de pêche et d’exportation. Il choisit désormais de les restreindre pour protéger le stock national. «Le consommateur marocain est placé au cœur de la gestion des ressources marines», a insisté la secrétaire d’État, admettant que cela implique un recul temporaire des exportations.

Cette approche est saluée par les associations de consommateurs comme une réponse nécessaire, bien que tardive, à une situation préoccupante. Cité par Finances News, Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine du droit des consommateurs, évoque un déséquilibre biologique qui menace la pérennité de la ressource. Selon lui, «le stock de sardines est soumis à une surpêche chronique: le rythme des captures excède celui des renouvellements naturels, plaçant la ressource en dessous du seuil de régénération». Ce constat est corroboré par les professionnels de la filière. Là où des dizaines de conserveries jalonnaient autrefois le littoral marocain, seules trois ou quatre sont aujourd’hui capables de s’approvisionner correctement, traduisant une raréfaction tangible du poisson.

Dans ce contexte, la suspension des exportations congelées apparaît comme un levier pour réduire la pression sur le stock, notamment pendant les périodes de repos biologique. Pour Bouazza Kherrati, ce choix, bien qu’impopulaire auprès des unités étrangères de transformation, reflète une priorité claire : préserver la richesse nationale avant les intérêts commerciaux internationaux.

L’annonce représente un véritable défi pour l’industrie de transformation. Depuis plusieurs mois, les professionnels ont constaté une raréfaction du poisson et une hausse des prix. Également cité par Finances News, Adil Douiri, PDG de Mutandis, décrivait lors d’une conférence en novembre 2025 la situation: «les sardines se font plus rares et les usines peinent à s’approvisionner, une contrainte biologique impossible à contourner». La réponse industrielle traditionnelle consiste à ajuster les prix pour compenser la baisse des volumes, mais cette logique économique entre désormais en tension avec une volonté politique de stabilisation du marché intérieur, quitte à réduire les marges des opérateurs.

Les répercussions sociales pourraient également se faire sentir. La réduction des volumes destinés à l’exportation risque de peser sur certaines unités de congélation et de transformation orientées vers l’international, avec des impacts possibles sur l’emploi saisonnier et intérimaire. Malgré ces effets, les défenseurs de la mesure estiment qu’elle est nécessaire pour garantir la durabilité de la filière. Kherrati rappelle que «le maintien de l’activité des conserveries et la protection des emplois locaux passent par une gestion responsable de la ressource, même si cela signifie contrarier certains acteurs étrangers implantés au Maroc».

Contrairement aux idées reçues, la suspension des exportations ne devrait pas conduire à une baisse immédiate des prix pour le consommateur marocain. Le repos biologique impose de limiter l’offre, et le stock est réellement menacé. La priorité du gouvernement est donc la durabilité de la ressource et non le pouvoir d’achat à court terme. Pour amortir les tensions, l’exécutif mise sur des investissements logistiques, notamment dans les marchés de gros, la chaîne du froid et la distribution nationale. Cependant, la réussite de cette politique dépendra d’un contrôle strict de la pêche illégale. Sans surveillance efficace, la suspension des exportations ne serait qu’un sursis temporaire face à l’épuisement des stocks.

Cette décision marque donc une étape majeure dans la gestion des ressources halieutiques au Maroc: elle traduit un virage vers la préservation de la ressource nationale, au prix de contraintes économiques et sociales, et souligne la tension constante entre intérêts industriels et impératifs de durabilité.

Par La Rédaction
Le 20/01/2026 à 19h57