Offshoring: un virage technologique promis d’ici 2030

Casanearshore, le parc dédié à l'offshoring de Casablanca. 

Casanearshore, le parc dédié à l'offshoring de Casablanca.  . DR

Revue de presseAvec 26,22 milliards de dirhams d’exportations et 148.500 emplois en 2024, l’offshoring marocain aborde une nouvelle phase de son développement. La stratégie Maroc Digital 2030 fixe un objectif de 40 milliards de dirhams et 270.000 emplois à l’horizon 2030, à condition de réussir une montée en gamme vers le cloud, la data, la cybersécurité et l’ingénierie logicielle. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 23/02/2026 à 20h39

Avec 26,22 milliards de dirhams d’exportations de services et 148.500 emplois à fin 2024, l’offshoring figure parmi les premiers contributeurs à la balance des services du Maroc. La stratégie Maroc Digital 2030 fixe désormais un cap nettement plus ambitieux: porter ces revenus à 40 milliards de dirhams et créer 270.000 emplois d’ici la fin de la décennie. «Derrière cette progression attendue se joue une transformation plus profonde du modèle, appelée à dépasser la logique de volume pour privilégier la création de valeur technologique locale», écrit le magazine Challenge dans une analyse dédiée.

Longtemps dominé par les centres d’appels et les activités de back-office, le secteur a construit sa compétitivité sur des coûts maîtrisés, une proximité géographique avec l’Europe et un vivier linguistique francophone. Ce socle demeure central, mais il ne suffit plus à soutenir la prochaine phase de croissance. Cité par Challenge, Redouane El Haloui, président de l’APEBI, souligne que «l’enjeu est d’améliorer la qualité de la croissance. Le BPO, selon lui, doit rester une base structurante, capable d’assurer des flux d’activité réguliers et d’alimenter l’écosystème». La dynamique de création d’emplois qualifiés et de marges plus élevées dépend toutefois du développement de métiers technologiques à plus forte intensité de compétences.

Cette montée en gamme s’articule d’abord autour du cloud et des services managés. La supervision, la sécurisation et l’optimisation d’environnements clients opérés à distance constituent des activités récurrentes et critiques, génératrices de revenus stables. Les métiers de la data s’imposent également comme un maillon stratégique: intégration, gouvernance, ingénierie des données et plateformes analytiques conditionnent le déploiement de solutions d’intelligence artificielle et d’automatisation. Sans infrastructures de données robustes, les usages avancés restent limités.

La cybersécurité représente un autre axe de développement, avec la montée en puissance de centres opérationnels capables de surveiller des systèmes internationaux en continu. Dans un contexte de multiplication des menaces numériques, les donneurs d’ordre accordent une importance croissante aux garanties techniques et juridiques. La fiabilité des infrastructures, la qualité des data centers, la résilience des réseaux et la clarté du cadre réglementaire deviennent des facteurs déterminants dans les arbitrages d’investissement.

Le software engineering et le product engineering complètent cette chaîne de valeur. Modernisation des systèmes d’information, migration vers le cloud, développement d’applications et conception de plateformes SaaS exportables ouvrent la voie à une production technologique davantage internalisée. L’intelligence artificielle appliquée s’inscrit dans cette continuité, à condition de reposer sur des bases numériques consolidées. L’enjeu n’est pas l’adoption d’une technologie à effet d’annonce, mais l’intégration de cas d’usage concrets au sein de processus digitalisés.

Cette évolution est également dictée par l’intensification de la concurrence internationale. Les pays d’Europe de l’Est, l’Égypte ou plusieurs économies d’Afrique subsaharienne renforcent leurs positions sur le nearshoring. Dans ce contexte, l’argument coût perd en centralité. La différenciation repose davantage sur la qualité d’exécution, la maîtrise de l’anglais en complément du français, l’obtention de certifications internationales et la capacité à instaurer une relation client durable. La connectivité et la sécurité juridique deviennent des éléments aussi décisifs que les tarifs proposés.

L’environnement administratif constitue un autre paramètre. La digitalisation des procédures progresse, mais la rapidité de traitement et la fluidité des démarches demeurent déterminantes dans un marché mondial marqué par des cycles de décision courts. Un délai excessif peut compromettre l’attribution d’un contrat au profit d’une destination concurrente.

Le principal défi reste toutefois celui des compétences. Atteindre 270.000 emplois implique un effort massif de formation initiale et continue. Les métiers du cloud, de la data, de la cybersécurité ou de l’intelligence artificielle évoluent rapidement, rendant obsolètes des cursus trop rigides. La coordination entre universités, centres de formation et entreprises apparaît essentielle pour adapter les programmes aux besoins réels du marché. La mise en place d’un comité sectoriel dédié aux compétences TIC, l’élaboration de référentiels métiers communs et la création d’un institut de formation de formateurs figurent parmi les pistes avancées pour réduire l’écart entre offre de formation et demande des entreprises.

Au-delà des volumes, la question de la qualité des emplois devient centrale. Tant que l’activité repose majoritairement sur des segments à faible marge, les niveaux de rémunération et la stabilité des parcours restent contraints. Le déplacement vers des services premium et le développement du Digital Export visent à renforcer la valeur produite localement. «L’ambition est de passer d’un modèle fondé sur la mise à disposition d’équipes à un modèle capable de concevoir et d’exporter des solutions technologiques développées au Maroc», conclut Challenge.

Par La Rédaction
Le 23/02/2026 à 20h39