Le Maroc face au choc énergétique: une vulnérabilité contenue mais bien réelle

«L’évolution récente du baril de Brent, passé d’environ 70 à 75 dollars, se répercute mécaniquement sur les prix à la pompe. DR

Revue de presseMalgré l’escalade des tensions au Moyen-Orient, le Maroc semble à l’abri d’une rupture d’approvisionnement énergétique à court terme. Mais la hausse des prix et ses effets diffus sur l’économie rappellent la persistance de fragilités structurelles, notamment en matière de dépendance énergétique et de capacités de stockage. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 01/04/2026 à 20h13

Malgré les tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient, le Maroc ne se trouve pas, à court terme, dans une situation de vulnérabilité critique sur le plan énergétique. Le Royaume a su, ces dernières années, adapter ses circuits d’approvisionnement et réduire son exposition directe aux zones les plus instables. «À ce stade, il est important de relativiser l’impact direct de cette guerre sur la sécurité énergétique du Maroc», souligne Anas Abdoun, qui insiste dans un entretien avec le magazine hebdomadaire Challenge sur l’absence de risque immédiat de rupture.

Historiquement dépendant de certains fournisseurs comme l’Arabie saoudite, notamment à l’époque où la raffinerie nationale SAMIR était en activité, le Maroc a progressivement diversifié ses sources. «Depuis quelques années, et particulièrement depuis le déclenchement du conflit entre la Russie et l’Ukraine en 2022, les circuits d’approvisionnement se sont diversifiés», explique-t-il. Cette évolution a permis de limiter la dépendance à des zones stratégiques sensibles comme le détroit d’Ormuz. «En conséquence, il n’y a pas, à court terme, de risque de pénurie ou de rupture d’approvisionnement», affirme-t-il.

«Si la sécurité d’approvisionnement semble maîtrisée, l’impact économique, lui, est déjà tangible», affirme Challenge. La hausse des cours du pétrole se répercute directement sur les prix à la pompe et, plus largement, sur l’ensemble de l’économie. «L’évolution récente du baril de Brent, passé d’environ 70 à 75 dollars, se répercute mécaniquement sur les prix à la pompe», note Abdoun. Cette augmentation agit comme un choc diffus, affectant la croissance, la balance commerciale et la facture énergétique nationale.

Cette situation est d’autant plus sensible que le Maroc reste fortement dépendant de l’extérieur pour son énergie. «Il ne faut pas oublier que le Maroc importe près de 98% de ses besoins énergétiques», rappelle-t-il. Dans ce contexte, toute fluctuation des prix internationaux se traduit automatiquement par un surcoût pour l’économie nationale.

Les répercussions de cette hausse ne se limitent pas au seul secteur énergétique. Les industries fortement consommatrices d’énergie figurent parmi les plus exposées. «Toutes les activités fortement consommatrices d’énergie seront en première ligne», avertit Abdoun, citant notamment les secteurs minier, des phosphates, de la pétrochimie et de la métallurgie. Dans ces domaines, l’énergie constitue une part essentielle des coûts de production. «Dans certains cas, cette augmentation peut être très significative, avec des hausses pouvant atteindre 40 à 50% des coûts liés à l’énergie», précise-t-il.

Au-delà des secteurs industriels, c’est l’ensemble de l’économie qui subit les effets indirects de cette hausse. L’augmentation des coûts de transport, notamment maritime, contribue à renchérir les importations. «Ce mécanisme engendre ce que l’on appelle une inflation importée», explique Abdoun. Même des produits sans lien direct avec les hydrocarbures voient leur prix augmenter en raison de la hausse des coûts logistiques. «L’inflation ne se limite donc pas à l’énergie, mais se diffuse progressivement à l’ensemble de l’économie», ajoute-t-il.

Face à ces défis, la question de la résilience devient centrale. Pour Abdoun, la priorité ne réside pas d’abord dans de nouveaux repositionnements stratégiques, mais dans le renforcement des fondamentaux. «La première priorité devrait être la question des capacités de stockage», insiste-t-il. Bien que le Maroc dispose d’un cadre réglementaire en matière de stocks stratégiques, son application reste perfectible.

«Le problème n’est pas tant l’absence de règles que leur mise en œuvre », souligne-t-il, appelant à un renforcement des mécanismes de contrôle. Disposer de réserves suffisantes permettrait d’amortir les chocs extérieurs et de stabiliser le marché en période de forte volatilité. « En cas de flambée temporaire des prix, l’État pourrait mobiliser ces réserves pour éviter une transmission immédiate des hausses aux consommateurs», explique-t-il.

Une telle stratégie offrirait un levier concret pour limiter les effets inflationnistes à court terme. «Si des stocks adéquats avaient été constitués, il aurait été possible d’atténuer, voire de retarder, les effets inflationnistes pendant plusieurs semaines», estime Abdoun. En renforçant ses capacités de stockage, le Maroc pourrait ainsi réduire significativement sa vulnérabilité face aux chocs internationaux. Dans un contexte de recomposition géoéconomique, cette approche apparaît comme un préalable incontournable. «Il est difficile de parler de stratégie crédible sans avoir au préalable réglé ces enjeux de base», conclut-il.

Par La Rédaction
Le 01/04/2026 à 20h13