Le gazoduc Nigeria–Maroc avance: l’Afrique de l’Ouest trace sa souveraineté énergétique

Le gazoduc Nigéria-Maroc, un mégaprojet structurant pour l'ensemble du continent africain.

Le projet du gazoduc Nigeria–Maroc, long de 6.000 kilomètres et estimé à 25 milliards de dollars, avance à un rythme soutenu. Véritable corridor énergétique panafricain, il ambitionne de relier plus d’une dizaine de pays ouest-africains tout en sécurisant l’exportation de gaz vers l’Europe.Il illustre la montée en puissance géopolitique du Maroc et la capacité de l’Afrique à porter des infrastructures stratégiques. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 22/02/2026 à 20h17

Le gouvernement nigérian a récemment réaffirmé la progression du projet du gazoduc Nigeria–Maroc, un chantier d’envergure qui illustre la dimension stratégique de la diplomatie énergétique et de l’intégration économique en Afrique de l’Ouest. Ce projet, estimé à plus de 25 milliards de dollars, représente un investissement colossal, tant par sa portée géographique que par ses ambitions économiques et géopolitiques.

Le magazine hebdomadaire, Challenge rapporte ainsi que, selon le ministre nigérian du Gaz, Ekperikpe Ekpo, le tracé de ce gazoduc avance conformément aux engagements pris entre Abuja et Rabat. Cette annonce intervient dans un contexte international où le gaz naturel est devenu un enjeu central, à la fois comme ressource stratégique, instrument de souveraineté et énergie de transition vers un mix énergétique moins carboné.Le gazoduc Nigeria–Maroc dépasse largement le cadre d’une simple infrastructure énergétique. Il incarne une vision panafricaine fondée sur la coopération Sud-Sud et la projection économique de l’Afrique vers l’Europe.

Conçu pour suivre la côte atlantique à travers 13 pays, il pourrait devenir le plus long gazoduc mondial, relate Challenge. La partie offshore s’étend sur 5.100 kilomètres, tandis que la section terrestre couvre 1.760 kilomètres. Son tracé pourrait également permettre d’intégrer le Sénégal et la Mauritanie, deux pays disposant d’un potentiel gazier important.

Le financement de ce projet mobilise un consortium stratégique regroupant des institutions multilatérales et des partenaires du Golfe. Le Fonds OPEP a alloué 14,3 millions de dollars pour la phase FEED II, tandis que la Banque islamique de développement et la Banque européenne d’investissement accompagnent les études et la construction, qui devraient représenter un investissement total de 25 milliards de dollars. Les Émirats arabes unis se sont positionnés comme financeur clé depuis mai 2025, rejoignant potentiellement la Chine et les États-Unis pour sécuriser la mise en œuvre du projet via une société de projet pilotée conjointement par la Nigerian National Petroleum Company et l’Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc. L’objectif affiché est d’acheminer 30 milliards de mètres cubes de gaz par an vers l’Europe.

«Le soutien américain a également été confirmé par le ministre nigérian des Finances, Wale Edun», lit-on dans Challenge. Il a indiqué que Washington, par l’intermédiaire de la DFC et de fonds souverains alliés, envisageait de mobiliser une enveloppe de 8 milliards de dollars, garantie à hauteur de 70%, pour contribuer au financement du gazoduc. «Nos échanges avec les partenaires américains ont été particulièrement fructueux concernant le projet NMGP. Les États-Unis ont manifesté un intérêt concret pour investir dans cette infrastructure majeure qui transformera l’approvisionnement énergétique de toute la région ouest-africaine», a précisé le ministre.

Au-delà des annonces politiques, le projet Nigeria–Maroc révèle la capacité du continent à porter des projets structurants et à ambitionner une souveraineté énergétique régionale. Selon Anas Abdoun, expert en géopolitique chez Stratas Advisors, le projet illustre la capacité du Maroc à mobiliser des ressources politiques, économiques et diplomatiques pour attirer des investissements directs étrangers et lever des fonds conséquents. Le tracé du gazoduc, longeant la façade atlantique ouest-africaine et traversant plus d’une dizaine de pays, ne se limite pas à l’exportation de gaz vers l’Europe, mais vise également à créer un corridor énergétique régional, capable de soutenir l’industrialisation et de renforcer la sécurité énergétique des États traversés.

Porté conjointement par la NNPC et l’ONHYM avec le soutien de partenaires internationaux, le projet a déjà franchi plusieurs étapes d’études de faisabilité et d’ingénierie. L’enjeu majeur reste aujourd’hui la structuration d’un montage financier hybride, combinant investissements publics, privés et multilatéraux pour assurer la viabilité économique du gazoduc tout en préservant son caractère stratégique. Citée par Challenge, Yasmina Asrarguis, experte en relations internationales, explique que «le projet traduit une volonté de créer un espace atlantique africain intégré, où l’énergie devient à la fois un instrument de souveraineté et un vecteur d’interdépendance régionale». Chaque tronçon du gazoduc fera l’objet d’un modèle économique adapté, incluant le segment Nigéria–Côte d’Ivoire, le tronçon Sénégal–Mauritanie–Maroc en lien avec le Gazoduc Maghreb-Europe, et le tronçon Côte d’Ivoire–Sénégal.

Les études d’ingénierie détaillées, finalisées en avril 2024, confirment la faisabilité technique et la viabilité économique du projet. Les travaux de terrassement, de pose des conduites et de tests de pression devraient s’échelonner entre 2026 et 2029, pour une première livraison de gaz nigérian aux frontières maroco-européennes prévue en 2030.

Le gazoduc Nigeria–Maroc bénéficie également d’une forte aura géostratégique. Dans un continent où l’accès à l’énergie constitue un défi majeur, ce projet pourrait contribuer à réduire les problématiques de délestage électrique et stimuler la croissance économique des États concernés. Il bénéficie en outre d’un soutien régional et international, incluant la CEDEAO et l’OPEP, ce qui témoigne de sa viabilité et de l’influence croissante du Maroc comme catalyseur de coopération économique.

Par La Rédaction
Le 22/02/2026 à 20h17