L’ameublement marocain: un marché de 37 à 49 milliards de dirhams en quête de structuration

Le secteur de l’ameublement au Maroc génère entre 37 et 49 milliards de dirhams de chiffre d’affaires et emploie plus de 150.000 personnes.. DR

Revue de presseLe secteur de l’ameublement au Maroc génère entre 37 et 49 milliards de dirhams de chiffre d’affaires et emploie plus de 150.000 personnes. Malgré sa présence dans le logement, l’hôtellerie et les bureaux, la filière reste fragmentée, dépendante des importations et confrontée à une concurrence étrangère et informelle qui freine sa compétitivité. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 30/03/2026 à 19h31

L’industrie de l’ameublement au Maroc, longtemps perçue comme un secteur secondaire, occupe aujourd’hui une place significative dans plusieurs segments économiques, allant du logement à l’hôtellerie, en passant par les bureaux, les écoles et les équipements publics. Dans son édition du 31 mars, le quotidien Les Inspirations Eco relève que «le secteur emploie directement entre 53.000 et 70.000 personnes, auxquelles s’ajoutent plus de 100.000 emplois indirects, et génère un chiffre d’affaires estimé entre 37 et 49 milliards de dirhams, avec une valeur ajoutée comprise entre 10 et 13 milliards. Ces chiffres placent l’ameublement parmi les six principales industries du pays».

Malgré cette présence tangible, la filière souffre d’une structuration incomplète et d’une forte dépendance aux importations. «Le Maroc est un pays de deuxième transformation: il produit peu de bois de première transformation et importe la majorité de ses matières premières, panneaux, composants et produits finis», note le quotidien. En 2024, les importations de bois et dérivés ont atteint environ 7 milliards de dirhams. Cette dépendance entraîne des coûts élevés, des délais de livraison plus longs et une exposition importante à la volatilité des marchés internationaux. Une taxe forestière de 6% sur les intrants renchérit encore le coût des matières premières pour les fabricants locaux.

Cité par Les Inspirations Eco, Aimane Sami, président de l’Association marocaine des industries de l’ameublement (AMIA), explique que «la filière est bien implantée sur des marchés stratégiques mais reste fragmentée. Elle se compose d’acteurs industriels organisés et d’un tissu plus diffus, parfois informel, ce qui freine sa structuration. L’informel représente une concurrence importante, qui agit par le prix et le non-respect des normes, et limite la montée en gamme des entreprises structurées».

Cette pression concurrentielle est renforcée par des acteurs étrangers bénéficiant de chaînes de valeur intégrées et d’économies d’échelle. Les pays exportateurs produisent à grande échelle avec des coûts unitaires plus faibles, des produits standardisés et des délais de livraison plus courts. Sur de nombreux marchés, le prix demeure le principal critère d’achat, au détriment de la qualité, de la durabilité ou de l’impact local. Parallèlement, les industriels marocains doivent faire face à des coûts de conformité et de formalisation plus élevés, ce qui pèse sur leur compétitivité.

Les marchés publics, qui pourraient jouer un rôle stratégique pour le développement de la filière, restent souvent dominés par le critère du prix. Selon l’AMIA, «certains grands projets sont attribués à des entreprises généralistes, limitant l’accès des PME spécialisées». Les professionnels recommandent un découpage plus fin des appels d’offres afin de favoriser l’émergence d’un tissu productif plus diversifié et mieux structuré. Les exportations de meubles vers le Maroc illustrent ce décalage. Selon l’association espagnole du secteur, elles ont progressé de près de 20% en 2025, plaçant le Royaume au septième rang mondial des destinations des exportations espagnoles de meubles. Cette progression témoigne à la fois de la vigueur de la demande intérieure et du dynamisme du marché marocain, mais aussi de l’ampleur du potentiel non exploité par les acteurs locaux.

La demande domestique est soutenue par plusieurs facteurs: le développement résidentiel lié à l’urbanisation, l’essor du tourisme et les besoins en équipements publics. Les grands projets à venir, notamment dans la perspective du Mondial 2030, représentent un débouché stratégique pour les industriels capables de répondre à des cahiers des charges exigeants. À cela s’ajoutent les opportunités offertes par la montée de la demande pour le design, le sur-mesure, le Made in Morocco et les marchés régionaux en Afrique du Nord et de l’Ouest.

Pour exploiter pleinement ce potentiel, la filière doit investir dans plusieurs dimensions. Le renforcement du sourcing local, le développement des fournisseurs et la structuration des chaînes de valeur sont essentiels. Les entreprises doivent également améliorer leurs standards de qualité, investir dans le design, l’innovation et le marketing, et former des ressources humaines qualifiées. L’objectif dépasse la simple production : il s’agit de produire mieux, de manière plus compétitive et visible sur les marchés locaux et internationaux.

Une étude sectorielle approfondie, menée avec le ministère de l’Industrie et du Commerce, est attendue prochainement. Elle devrait fournir une vision plus précise du secteur et permettre de définir une stratégie industrielle de long terme.

Par La Rédaction
Le 30/03/2026 à 19h31