Le Maroc a franchi une étape décisive avec la validation technique de la faisabilité d’un dirham digital destiné au grand public, fruit de travaux menés par des chercheurs de Bank Al-Maghrib, qui s’appuient sur des simulations macro-financières et des expérimentations menées avec l’appui du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Cette monnaie digitale de banque centrale, conçue comme une forme numérique de monnaie publique convertible à parité, repose sur une architecture hybride à deux niveaux où l’émission est centralisée tandis que la distribution et la gestion des utilisateurs sont confiées aux banques et établissements de paiement pour préserver le rôle des intermédiaires financiers, indique le quotidien Les Inspirations Éco.
Malgré cette avancée technologique confirmant qu’une infrastructure modulaire peut intégrer les systèmes de paiement existants tout en garantissant des fonctionnalités avancées comme les paiements hors ligne indispensables aux zones rurales, l’enjeu majeur réside dans la cohabitation de cet outil avec une économie où les espèces demeurent omniprésentes et où la circulation fiduciaire n’a cessé de croître pour dépasser cinq cents milliards de dirhams en deux mille vingt-cinq.
L’analyse détaillée met en garde contre les risques potentiels d’un transfert massif des dépôts bancaires vers la banque centrale, ce qui pourrait réduire les ressources des établissements de crédit, accroître leurs coûts de financement et altérer les mécanismes de transmission de la politique monétaire si le dirham digital devenait une alternative attractive à l’épargne classique.
Pour parer à ces déséquilibres, les auteurs préconisent une configuration prudente où la monnaie serait initialement non rémunérée et strictement encadrée par des plafonds de détention et de transaction calibrés pour stimuler les paiements courants sans siphonner la liquidité bancaire, garantissant ainsi que l’innovation puisse soutenir l’économie sans fragiliser ses circuits de financement, souligne Les Inspirations Éco.
Au-delà de la stabilité financière, le projet ambitionne de surmonter les barrières économiques qui freinent l’inclusion financière des particuliers résidents tout en offrant un canal de paiement dématérialisé pour les millions d’unités de production informelles, tout en explorant avec la Banque centrale d’Égypte des solutions pour fluidifier et réduire les coûts des transferts transfrontaliers des Marocains résidant à l’étranger qui représentent une part importante du PIB.
En conclusion, l’éventuelle introduction de cette monnaie s’inscrit dans une perspective de long terme qui exige un cadre juridique renforcé, des garanties strictes en matière de cybersécurité et une adoption économique réelle qui reste à prouver au regard des expériences internationales mitigées, Bank Al-Maghrib n’ayant pour l’heure arrêté aucune décision d’émission ni aucun calendrier officiel de déploiement.




