Le projet de data center vert de 500 MW annoncé à Dakhla s’affirme comme l’un des investissements numériques les plus ambitieux engagés par le Maroc au cours des dernières années. «Par son ampleur, il atteint à lui seul un niveau de capacité comparable à l’ensemble des infrastructures de données actuellement déployées sur le continent africain, marquant un tournant majeur dans le positionnement du Royaume sur l’échiquier numérique régional», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mercredi 21 janvier.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique nationale plus large, récemment mise en lumière lors de la journée «IA made in Morocco» organisée à Rabat, où les autorités ont réaffirmé leurs priorités en matière d’intelligence artificielle, de données et de souveraineté numérique. Au-delà de sa dimension technologique, le data center de Dakhla se distingue par son ancrage géographique et énergétique, ainsi que par les enjeux stratégiques qu’il recouvre en matière de maîtrise des données et de capacités de calcul, devenues centrales avec l’essor du cloud et des usages intensifs de l’intelligence artificielle.
Pensé comme une infrastructure hyperscale, le site tire parti de conditions naturelles particulièrement favorables, caractérisées par un fort potentiel éolien et un ensoleillement élevé. Cette configuration permet d’envisager une alimentation entièrement assurée par des énergies renouvelables, un choix qui confère au projet une dimension environnementale en phase avec les orientations nationales en matière de transition énergétique. En parallèle, une coordination étroite a été engagée avec les autorités régionales et l’université de Dakhla, débouchant sur la création de l’Institut Al Jazari, dédié à l’intelligence artificielle et à la transition énergétique. «L’institut s’oriente notamment vers les applications de l’IA dans les systèmes énergétiques, en partenariat avec le ministère de la Transition énergétique, afin de structurer un écosystème associant formation, recherche appliquée et innovation», lit-on dans L’Economiste.
Dans ce dispositif, le data center constitue le socle infrastructurel de l’ambition affichée. Il doit offrir des capacités avancées de stockage, de circulation et de traitement des données, adaptées aux besoins croissants liés à l’intelligence artificielle. Son inscription dans l’Initiative atlantique lui confère par ailleurs une portée qui dépasse le cadre strictement national. Le site est appelé à servir des programmes africains, en mettant à disposition des capacités de calcul et d’hébergement pour des pays du littoral atlantique qui ne disposent pas encore d’infrastructures souveraines suffisantes.
Cette vocation régionale rapproche le projet de certains modèles de «data embassy» et s’inscrit dans une logique comparable à celle d’autres infrastructures stratégiques portées par le Maroc sur son flanc atlantique. À l’image du gazoduc africain atlantique, conçu comme un axe énergétique transnational, le data center de Dakhla participe d’une même vision d’intégration régionale par les réseaux, qu’ils soient énergétiques ou numériques. «Dans les deux cas, l’objectif est d’organiser des flux structurants et de renforcer le positionnement du Royaume à l’échelle africaine», écrit L’Economiste.
En parallèle des investissements matériels, un travail de fond a été engagé sur le plan réglementaire afin d’encadrer le développement de l’intelligence artificielle. Une architecture juridique, baptisée Digital Value X.0, a été élaborée en concertation avec plusieurs ministères et institutions, notamment celles chargées de la protection des données personnelles et de la cybersécurité. Ce chantier, nourri par plusieurs dizaines de réunions de travail, a abouti à la rédaction d’un projet de loi transmis au Secrétariat général du gouvernement, avec l’ambition de le soumettre au Parlement avant la fin de la législature. Le cadre proposé vise à accompagner le déploiement de l’IA, de l’open data et de l’open government, tout en sécurisant les usages et les flux de données.
Le projet de Dakhla prend une résonance particulière dans un contexte africain marqué par un déficit structurel en infrastructures numériques. Le continent ne compte qu’un peu plus de 200 data centers répartis dans une quarantaine de pays, un chiffre modeste au regard de sa démographie et de ses ambitions numériques. La capacité électrique cumulée des installations africaines est estimée entre 250 et 450 MW, soit moins de 1% de la capacité mondiale, alors même que l’Afrique concentre près de 20% de la population de la planète. Les capacités existantes demeurent concentrées dans quelques marchés clés, notamment l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya, l’Égypte et le Maroc.
Dans ce paysage encore sous-équipé, l’annonce d’un data center de 500 MW à Dakhla marque un véritable changement d’échelle. À titre de comparaison, les plus grands campus sud-africains dépassent ponctuellement les 200 MW, tandis que les principales installations marocaines en exploitation avoisinent les 40 MW. Si les projections tablent sur une croissance plus soutenue à l’horizon 2030, avec des capacités africaines pouvant dépasser 1 GW sous l’effet du cloud, de l’intelligence artificielle et de la numérisation des administrations, des projets de très grande envergure comme celui de Dakhla apparaissent déjà comme des points de bascule, susceptibles de redessiner durablement la géographie des infrastructures numériques du continent.








