Cour des comptes: de l’impératif de rompre avec «l’effet d’annonce»

Cour des comptes

Le siège de la Cour des comptes. Adil_Gadrouz

Revue de presseÀ la lecture du rapport annuel 2024-2025 de la Cour des comptes, Abdessamad Alhyan, président de la Tariq Ibnou Ziyad Initiative, estime que le temps des annonces doit céder la place à une culture du résultat. Il plaide pour une programmation réaliste, une gouvernance territoriale renforcée et des outils de pilotage capables de transformer les réformes en impacts concrets pour le citoyen, condition essentielle de la crédibilité de l’action publique. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 18/02/2026 à 20h16

À la lumière du rapport annuel 2024-2025 de la Cour des comptes, Abdessamad Alhyan, président de la Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI Maroc), livre une lecture sans concession des messages adressés aux décideurs publics. Pour lui, ce document dépasse le simple exercice de contrôle pour devenir un véritable baromètre de la crédibilité de l’action publique, relate le magazine hebdomadaire Challenge dans un entretien avec le dirigeant.

Alhyan tient d’abord à rappeler le rôle central de l’institution: «il est primordial de souligner le rôle fondamental de la Cour des comptes en tant qu’institution constitutionnelle indépendante chargée du contrôle des finances publiques. Ces rapports doivent être considérés comme des documents essentiels à l’évaluation des politiques publiques». Selon lui, le message principal du rapport est clair: «le rapport annuel 2024-2025 de la Cour des comptes porte un message central qui traverse l’ensemble de ses constats : l’exigence d’un passage effectif de la logique de moyens à une logique de résultats et d’impact réel sur le citoyen». Un message qu’il juge d’autant plus fort qu’il intervient après le discours de Mohammed VI à l’ouverture de la session parlementaire.

Pour Abdessamad Alhyan, l’avertissement adressé aux responsables publics est triple. Il appelle d’abord à rompre avec une culture politique dominée par la communication. «La programmation doit être réaliste et cesser de s’inscrire dans une logique d’annonces», dit-il, rappelant que la Cour évoque explicitement « l’effet d’annonce ». Ensuite, il insiste sur la nécessité de replacer le citoyen au centre de l’évaluation des politiques publiques: «l’impact sur le citoyen doit devenir le critère central de mesure de la performance publique». Enfin, il met en garde contre l’érosion de la confiance institutionnelle à l’approche d’échéances électorales, dans un contexte national marqué par des avancées diplomatiques sur la question du Sahara.

Le faible taux d’achèvement des contrats-programmes État-Régions illustre, selon lui, les limites actuelles du modèle territorial. À fin avril 2024, seuls 9% des projets de la période 2020-2022 étaient achevés. «Le diagnostic de la Cour suggère que ces deux dimensions sont indissociables. Elles constituent les deux faces d’un même problème structurel», explique-t-il, estimant qu’il faut à la fois revoir l’architecture des contrats et renforcer les capacités des acteurs locaux. Il reprend les termes de la Cour, évoquant une «programmation peu réaliste» et une «absence de planification fondée sur des capacités effectives d’exécution». Pour lui, il ne s’agit pas d’opposer réforme institutionnelle et montée en compétences, mais de les articuler: «il ne s’agit pas de choisir entre réformer l’architecture ou renforcer les capacités : l’une sans l’autre est vouée à reproduire les mêmes résultats insuffisants».

La question de la coordination interministérielle, souvent pointée du doigt, ne serait, selon lui, qu’un symptôme d’un problème plus profond. «Le défaut de coordination interministérielle n’est que la manifestation la plus évidente d’obstacles plus profonds», affirme Abdessamad Alhyan. Il cite notamment l’absence de systèmes d’information intégrés et le manque d’un cadre d’évaluation unifié des investissements publics. À ses yeux, l’enjeu est de transformer la gouvernance elle-même : « La priorité est désormais de doter l’administration d’outils de pilotage robustes, à la fois humains, institutionnels et numériques », afin de garantir une véritable convergence sur le terrain et des résultats concrets pour le citoyen.

Concernant le taux de recommandations pleinement mises en œuvre, qui stagne à 18% pour celles programmées avant fin 2024, Abdessamad Alhyan nuance le constat. «Le chiffre de 18 % de recommandations pleinement mises en œuvre concerne les recommandations dont l’exécution était programmée avant fin 2024», précise-t-il, rappelant qu’un taux actualisé de 40 % a été évoqué pour celles programmées avant fin 2025. Il avance plusieurs explications : la complexité de certaines réformes structurelles, comme celles des retraites ou de la régionalisation avancée, mais aussi des blocages plus préoccupants. «37% des recommandations reportées n’ont enregistré aucun progrès concret d’une année à l’autre, sans que les institutions concernées ne fournissent d’explications», souligne-t-il, y voyant «un déficit de redevabilité effective».

Par La Rédaction
Le 18/02/2026 à 20h16