Le marché marocain des cosmétiques connaît depuis plusieurs années une transformation profonde, portée par l’évolution des habitudes de consommation et par une dynamique industrielle en pleine consolidation. La valeur globale du secteur devrait connaître une progression remarquable au cours de la prochaine décennie. Les estimations les plus récentes indiquent que ce marché, évalué à environ 1,82 milliard de dollars en 2024, pourrait atteindre près de 3,59 milliards de dollars à l’horizon 2032, affichant ainsi un taux de croissance annuel moyen avoisinant les 8%. «Cette expansion s’inscrit dans un contexte marqué par la montée en puissance de nouvelles attentes sociétales, mais également par une restructuration progressive des circuits de production et de distribution», écrit le quotidien Les Inspirations Eco du 12 février.
Cette progression s’explique d’abord par la mutation des comportements d’achat des consommateurs marocains. De plus en plus attentifs à la qualité et à la composition des produits qu’ils utilisent, ces derniers privilégient désormais des solutions perçues comme plus naturelles, plus sûres et plus respectueuses de l’environnement. Dans ce contexte, le Maroc dispose d’un avantage compétitif indéniable grâce à la richesse de ses ressources naturelles et à son héritage ancestral en matière de soins corporels. Des ingrédients emblématiques tels que l’huile d’argan, le ghassoul, l’eau de rose ou encore certains miels rares issus de flores locales bénéficient aujourd’hui d’une reconnaissance dépassant largement les frontières nationales. Ces produits incarnent un équilibre entre tradition et modernité, séduisant une clientèle internationale en quête d’authenticité et de transparence.
«Parallèlement à cet engouement pour les produits naturels la transformation numérique joue un rôle déterminant dans l’évolution du secteur», note Les Inspirations Eco. L’essor du commerce électronique, amplifié par l’utilisation massive des réseaux sociaux, modifie profondément les stratégies commerciales des marques. Les plateformes numériques permettent désormais aux entreprises locales d’accéder à une visibilité élargie et d’atteindre directement leurs consommateurs, contournant parfois les circuits traditionnels de distribution. Les campagnes d’influence, la promotion via les créateurs de contenu et le développement de solutions de diagnostic personnalisé contribuent à renforcer l’attractivité du marché. Les consommateurs, mieux informés et plus exigeants, comparent davantage les offres, recherchent des certifications écologiques et manifestent un intérêt croissant pour les circuits courts et les initiatives responsables.
Cette nouvelle configuration du marché favorise l’émergence d’un tissu entrepreneurial diversifié. Aux côtés des multinationales solidement implantées, de nombreuses coopératives féminines, petites entreprises artisanales et startups innovantes parviennent à s’imposer en valorisant le savoir-faire local et en proposant des produits différenciés. Cette vitalité attire également des investissements étrangers significatifs. Plusieurs groupes internationaux, parmi lesquels figurent des acteurs majeurs de l’industrie cosmétique mondiale, ont renforcé leur présence au Maroc en y développant des infrastructures de recherche, des plateformes logistiques et des gammes adaptées aux spécificités du marché local. Cette implantation contribue à la professionnalisation du secteur tout en favorisant le transfert de technologies et de compétences.
«La structuration du marché se reflète également dans l’évolution de la segmentation de la demande», précise Les Inspirations Eco. Si les femmes demeurent les principales consommatrices, représentant une part majoritaire des achats, le segment masculin connaît une progression constante. Cette tendance traduit un changement socioculturel marqué par une attention accrue portée à l’apparence, à l’hygiène et au bien-être global. Les produits unisexes gagnent également du terrain, portés par une vision plus inclusive de la cosmétique. Parmi les catégories les plus dynamiques figurent les soins de la peau, les produits solaires et les solutions anti-âge, particulièrement prisés par les populations urbaines disposant d’un pouvoir d’achat en progression.
Malgré ces perspectives prometteuses, plusieurs défis structurels subsistent. Le développement durable de la filière nécessite notamment une industrialisation plus poussée de la production nationale, ainsi qu’un renforcement des mécanismes de contrôle de qualité. La labellisation des produits naturels représente un enjeu stratégique afin de garantir leur traçabilité et leur conformité aux standards internationaux. La régulation des importations constitue également une priorité pour préserver la compétitivité des producteurs locaux. Par ailleurs, la formation professionnelle dans les domaines de la formulation cosmétique, de la dermo-cosmétique et du marketing digital demeure essentielle pour accompagner la montée en gamme du secteur.
L’ouverture vers les marchés internationaux représente un levier de croissance majeur pour l’industrie cosmétique marocaine. Les exportations progressent régulièrement vers l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique subsaharienne et certains marchés asiatiques, séduits par l’image d’authenticité associée aux produits marocains. Toutefois, l’accès à ces marchés exige une adaptation aux normes internationales de certification, notamment en matière de qualité, de production biologique ou de conformité religieuse. La participation accrue aux salons professionnels et aux plateformes commerciales internationales constitue également un facteur clé pour renforcer la visibilité du savoir-faire national.
Les perspectives d’avenir du secteur s’inscrivent enfin dans une transformation plus globale des attentes sociétales. La montée du véganisme, l’importance croissante de l’écoresponsabilité, l’intégration des principes de l’économie circulaire et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la conception des produits redéfinissent progressivement les standards de l’industrie. Les innovations liées à la personnalisation des soins, au développement d’emballages écologiques ou à l’intégration des zones rurales dans les circuits de distribution ouvrent de nouvelles opportunités de croissance. Si ces mutations sont accompagnées par des politiques industrielles adaptées et par un renforcement de la recherche et de l’innovation, le Maroc pourrait s’imposer dans les années à venir comme un acteur incontournable de la cosmétique durable, conjuguant valorisation du patrimoine naturel et excellence technologique.








