Le Maroc poursuit une stratégie d’approvisionnement énergétique marquée par une diversification notable de ses sources. Selon les dernières statistiques de l’Office des changes, portant sur l’année 2024 et reprises par le quotidien L’Economiste dans son édition du vendredi 20 mars, le pays a importé ses besoins en hydrocarbures provenant de près de 24 pays différents, couvrant le gasoil, le super, le fuel, le gaz de pétrole liquéfié et le charbon. Cette politique vise à sécuriser l’approvisionnement tout en limitant les risques liés aux tensions géopolitiques.
La répartition géographique des fournisseurs montre une nette prédominance européenne. Quatorze pays du continent, dont neuf d’Europe de l’Ouest, trois d’Europe du Nord et deux d’Europe de l’Est, fournissent au Royaume une grande partie des produits pétroliers. L’Asie suit avec cinq fournisseurs, dont trois situés au Moyen-Orient, et le continent africain est représenté par quatre pays, dont deux d’Afrique de l’Ouest. Les États-Unis restent le seul fournisseur américain. Cette diversification permet de limiter la dépendance à une zone unique, mais certaines vulnérabilités subsistent, notamment pour le gasoil, écrit L’Economiste.
Le gasoil représente à lui seul 26% des besoins énergétiques du Maroc et près de 90% de ceux du transport terrestre, un constat souligné par le professeur Amin Bennouna, cité par le quotidien. En 2024, plus du tiers des importations de ce carburant provenait de pays du Golfe persique, où les tensions entre Israël, les États-Unis et l’Iran persistent, ce qui constitue un risque potentiel pour la stabilité des approvisionnements. Selon l’expert, il serait donc prudent de réfléchir à une diversification supplémentaire des sources de gasoil.
L’Espagne et les États-Unis occupent la place de principaux fournisseurs. Le voisin ibérique fournit non seulement du gasoil, mais aussi de l’essence super, du gaz butane et du propane, ainsi que du charbon. Les États-Unis approvisionnent le Maroc en gasoil, gaz butane et propane, charbon et fuel. D’autres pays, comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas, fournissent plusieurs produits pétroliers, tandis que des pays tels que la France, les Émirats arabes unis ou la Turquie se limitent à un seul produit. L’Arabie saoudite, le Kazakhstan et l’Italie contribuent également aux approvisionnements, chacun avec deux produits différents.
Pour l’essence super, le Maroc s’est tourné vers dix pays en 2024. L’Espagne a fourni près de 30% des quantités, suivie par l’Arabie saoudite, l’Italie, la Finlande, la Belgique et la Grèce. Les importations de super depuis les pays du Golfe sont limitées, ce qui assure une certaine stabilité pour ce produit malgré la hausse des prix à la pompe. En revanche, le gaz butane reste fortement concentré sur quelques fournisseurs, avec 77% des importations provenant des États-Unis. Amin Bennouna rassure néanmoins sur la sécurité de l’approvisionnement, rappelant l’existence d’un stock stratégique dans le pays et l’absence de dépendance vis-à-vis des zones géopolitiquement instables du Golfe.
«En ce qui concerne le fuel destiné aux secteurs industriels et énergétiques, sa provenance est particulièrement variée», note L’Economiste. Avec la fermeture de la Samir en 2015, le Maroc importe désormais la quasi-totalité de ses produits pétroliers finis. En 2024, le fuel a été acheté principalement en Turquie, au Kazakhstan, en Italie, en Arabie saoudite, aux États-Unis, au Sénégal et en Azerbaïdjan. L’Office National de l’Électricité et de l’Eau potable (ONEE) reste le plus grand consommateur, utilisant ce combustible pour ses centrales thermiques. Le secteur industriel, notamment l’OCP et les cimenteries, en fait également un usage significatif, pour la production d’acide phosphorique, de ciment et de chaleur industrielle, tandis qu’une fraction est destinée au transport maritime et industriel.
Le charbon, utilisé principalement pour la production d’électricité par l’ONEE, reste un composant majeur du mix énergétique, même si sa consommation diminue progressivement avec le développement des énergies renouvelables. En 2024, le Maroc a importé plus de 9 400 kilotonnes de charbon, dont près de 77% en provenance des États-Unis, suivis de l’Afrique du Sud et du Kazakhstan. Bien que sa part tende à diminuer, le charbon conserve encore un rôle stratégique dans la production électrique, notamment pour les centrales de Jorf Lasfar et de Safi.








