Le Maroc mise sur l’audiovisuel pour transformer son économie culturelle. Entre Rabat et Casablanca, un projet colossal prend forme: Argan Studios, un complexe de 80 hectares intégrant studios, postproduction, campus de formation, hôtels et centres d’affaires, avec un budget estimé à près de 70 millions d’euros. «L’ouverture partielle est prévue dès 2027, et l’inauguration complète d’ici 2030. L’ambition est de faire du Royaume un hub africain capable de rivaliser avec l’Afrique du Sud ou l’Europe méditerranéenne dans la production audiovisuelle», écrit le magazine Jeune Afrique.
Le contexte économique renforce la pertinence de cette initiative. Les tournages étrangers, qui rapportaient 500 millions de dirhams en 2021, ont atteint 1,5 milliard en 2025, selon le ministère de la Culture, soit un triplement des recettes en quatre ans. Une cinquantaine de productions internationales ont été accueillies en 2024, injectant près de 1,2 milliard de dirhams dans l’économie nationale. Cette croissance transforme l’approche: il ne s’agit plus seulement d’attirer des tournages grâce à la lumière et aux paysages du pays, mais de structurer une filière complète et de renforcer le poids du Maroc sur le marché mondial de l’audiovisuel.
L’implantation du complexe, à trente minutes des aéroports de Casablanca et Rabat, permettra de rationaliser la chaîne de production, intégrant studios intérieurs, postproduction et formation. Argan Studios pourrait ainsi réduire les coûts logistiques et accroître la compétitivité du Maroc face aux destinations traditionnelles. Le projet devrait générer des emplois directs dans la production, l’hôtellerie et les services associés, et multiplier les retombées indirectes pour l’économie locale, de la restauration aux transports, lit-on dans Jeune Afrique.
Derrière cette initiative, Khadija Alami, productrice influente mais discrète, combine expérience locale et réseau international. Membre de l’Académie des Oscars depuis 2017, elle a accompagné des productions majeures comme Gladiator, Kingdom of Heaven ou les séries Homeland et Prison Break, et a produit des films marocains portés sur le marché international. Son parcours, entre logistique de plateau, expertise comptable et création de K Films, illustre la capacité de structurer un écosystème audiovisuel durable.
Argan Studios représente l’aboutissement logique de cette trajectoire. Le financement devrait combiner prêts bancaires et partenaires internationaux, tandis que des plateformes comme Netflix, Prime Video et Disney ont déjà manifesté leur intérêt. Le défi reste double: attirer durablement les productions internationales tout en favorisant les projets locaux conçus et soutenus par des auteurs marocains, condition indispensable pour transformer le Maroc d’un simple décor en acteur économique et culturel autonome.
La stratégie repose sur une approche graduelle et collective plutôt que sur des effets d’annonce. Si le projet se concrétise, il renforcera la place du Maroc dans l’industrie audiovisuelle mondiale, stimulera la création locale et positionnera le pays comme un acteur central de la production audiovisuelle en Afrique. Argan Studios ne sera pas seulement un investissement immobilier ou technique, mais un levier économique et diplomatique, capable de multiplier les revenus, d’attirer des talents et de faire rayonner le pays sur la scène internationale.




