Bourse: Attijari Global Research décrypte la forte correction du marché et identifie des opportunités tactiques

La Bourse de Casablanca. (Le360)

Dans sa dernière publication Equity Market Insights, Attijari Global Research analyse la récente correction du marché boursier marocain intervenue dans un contexte de fortes tensions géopolitiques. Si la guerre au Moyen-Orient a pesé sur le moral des investisseurs, la baisse du marché s’explique aussi par des facteurs purement domestiques. Parallèlement, les fondamentaux des sociétés cotées demeurent solides, ouvrant la voie à des opportunités de repositionnement ciblées.

Le 10/03/2026 à 19h18

Le marché boursier marocain a traversé une période mouvementée au moment de la publication des résultats du quatrième trimestre 2025. En dépit de l’accélération notable des revenus des sociétés cotées, en hausse de +12,2%, l’indice MASI a subi une forte correction de -12% entre le 20 février et le 3 mars 2026. Cette contre-performance figure parmi les plus marquées observées sur les places africaines et européennes durant la période.

Selon l’analyse d’Attijari Global Research (AGR), cette correction ne peut être attribuée uniquement aux tensions géopolitiques. Des facteurs domestiques ont également amplifié le mouvement baissier. Il s’agit notamment de la montée en puissance des investisseurs particuliers et le recours accru de l’État à des mécanismes de financement innovants via les Organismes de placement collectif immobilier (OPCI).

La filiale d’Attijariwafa bank spécialisée dans la ligne de métier Analyse & Recherche relève également deux enseignements majeurs de cet épisode boursier. Il s’agit de la vulnérabilité accrue des valeurs chères en phase de baisse et le rôle prépondérant des flux de liquidité, davantage que les résultats financiers, dans l’ampleur du repli.

Une correction au-delà du choc géopolitique

Durant la période marquée par l’escalade militaire au Moyen-Orient, le marché marocain a affiché une baisse plus prononcée que plusieurs autres places comparables. Le MASI a ainsi reculé de -12%, contre -8% pour le marché égyptien, pourtant plus exposé aux répercussions économiques du conflit. Ce qui suggère que le facteur géopolitique n’explique pas, à lui seul, l’ampleur de la correction observée au marché boursier marocain.

AGR met en avant des facteurs internes ayant accentué la baisse, à savoir notamment la transformation progressive de la structure des intervenants du marché avec le retour massif des investisseurs individuels.

La part des personnes physiques dans les volumes échangés aurait plus que doublé, passant d’une moyenne de 12% sur la période 2019-2023 à 28% à partir de 2025. Au-delà de l’attrait des introductions en Bourse, le marché a vu émerger une quinzaine d’opérateurs de gestion sous mandat dédiés principalement à cette clientèle.

Ces acteurs gèrent près de 80 milliards de dirhams, dont 15% investis en actions, avec une forte rotation des portefeuilles sous l’effet de la concurrence en matière de collecte et de performance.

La rotation annuelle des portefeuilles d’actions sous mandat se situerait entre trois et six fois, contre un niveau moyen de 0,5x pour les OPCVM actions classiques. En parallèle, le Trésor a intensifié le recours à des financements innovants adossés au patrimoine immobilier public.

Depuis 2022, ces mécanismes ont mobilisé plus de 115 milliards de dirhams, dont 35% réalisés en 2025, soit un rythme supérieur de 110% aux prévisions de la Loi de finances 2025. Cette tendance devrait se poursuivre en 2026 avec un objectif de levée avoisinant 20 milliards de dirhams.

Structurés sous forme d’OPCI et destinés aux institutionnels, ces placements offrent des rendements annuels attractifs autour de 6%, soit le double des bons du Trésor (BDT) à 10 ans et du rendement moyen des dividendes du marché actions.

Cette attractivité capterait une part croissante de l’épargne institutionnelle au détriment des actions, poussant les investisseurs à arbitrer régulièrement leurs positions pour dégager des liquidités. De ce fait, le marché actions marocain semble entrer dans un régime de volatilité plus élevé.

L’indice «AGR volatilité 1M» est ainsi passé d’une moyenne de 8,7% sur 2010-2019 à 14,6% sur la période 2025-2026. Le marché tend désormais à amplifier à court terme l’impact des chocs exogènes.

Cette évolution s’explique par la combinaison d’investisseurs particuliers à horizon court et à rotation élevée, et par l’affaiblissement du soutien acheteur des institutionnels.

En parallèle, les résultats des sociétés cotées confirment une dynamique opérationnelle solide. Au quatrième trimestre 2025, la croissance des revenus s’est accélérée à +12,2%, contre +7,2% en moyenne sur les trois premiers trimestres.

Des résultats trimestriels robustes

Le chiffre d’affaires agrégé s’établit à 98,4 milliards de dirhams, en progression de 10,7 milliards. Les secteurs des mines et du BTP contribuent à plus de 60% de cette hausse. Les revenus miniers ont été multipliés par 2,6, passant de 2,7 à 7 milliards de dirhams, portés par la flambée des cours de l’or et de l’argent.

Le BTP affiche une croissance de +21,6% soutenue par la dynamique d’investissement et l’opération de croissance externe de TGCC. À l’inverse, l’énergie enregistre un recul de revenus de -5,7%, affectée par la baisse des cours internationaux. La variation du chiffre d’affaires des distributeurs énergétiques n’affecte toutefois pas directement leur rentabilité, à l’image de TotalEnergies Maroc.

Sur l’ensemble de 2025, le chiffre d’affaires global progresse de +10,1%, soit un rythme deux fois supérieur à celui observé entre 2023 et 2024. En proforma, la hausse ressort à +8,9%.

Quatorze secteurs représentant 84% de la capitalisation affichent une amélioration de leurs revenus annuels. Les plus fortes progressions concernent les mines, la santé, le BTP, l’automobile, le port, les NTI et le ciment.

Les industries & services, la grande distribution, le financement, les assurances, l’immobilier, les banques et l’agri-business enregistrent également des hausses. Les Télécoms affichent une quasi-stagnation.

L’énergie voit son chiffre d’affaires cumulé reculer de -4,5% sur l’année et représente plus de 7% de la capitalisation totale. Les résultats 2025 de l’univers AGR-30 confirment globalement les anticipations du bureau de recherche. Le chiffre d’affaires agrégé progresse de +8,6% contre une estimation de +8,2%.

Les taux de réalisation sectoriels s’échelonnent entre 92% et 133%. Les mines, l’immobilier, les NTI, le BTP, l’automobile et le ciment dépassent légèrement les prévisions. L’agri-business et le port sont conformes aux estimations. Les banques, télécoms, énergie, grande distribution et santé ressortent légèrement en deçà des attentes. Les écarts les plus marquants concernent les mines et l’énergie.

Le secteur minier affiche un chiffre d’affaires de 15,951 milliards de dirhams contre une estimation de 12,019 milliards, soit un taux de réalisation de 133%. Cette surperformance provient notamment des résultats de Managem, bénéficiant d’un double effet prix/volume supérieur aux hypothèses prudentes d’AGR.

À l’inverse, l’énergie affiche un taux de réalisation de 92%, avec 25,765 milliards de dirhams contre 27,998 milliards prévus. Cet écart est principalement attribuable à TotalEnergies Maroc, pénalisé par les prix d’achat internationaux des carburants. Ces fluctuations n’affectent toutefois pas la marge de distribution.

Comment tirer parti de la correction boursière?

AGR identifie deux messages clés issus de la récente baisse du marché. Premier constat: les valeurs affichant des niveaux de valorisation élevés sont les plus vulnérables en phase de correction.

Les titres présentant un multiple de valorisation (P/E) 2026 supérieur à 30x reculent de -15%, contre -9% pour ceux dont le P/E est inférieur à 20x. Cette sensibilité confirme le phénomène de compression des multiples en période de stress.

Second constat: la correction relève davantage d’une logique de flux de liquidité que d’une réaction négative aux résultats financiers. Les grandes capitalisations, plus liquides, accusent un repli de -13%, contre -10% pour les small caps et -9% pour les mid caps.

Pourtant, leurs performances opérationnelles au T4-25 demeurent solides. Leurs revenus progressent de +14%, contre +10% pour les mid caps et +12% pour les small caps. Dans ce contexte, la correction pourrait offrir des opportunités de repositionnement tactique.

Historiquement, les corrections liées aux tensions géopolitiques sont ponctuelles, les investisseurs revenant rapidement aux fondamentaux. AGR estime que la baisse récente crée des points d’entrée attractifs dans les segments dont la valorisation a reculé sans dégradation des perspectives de croissance.

Trois critères sont retenus: ampleur de la baisse du P/E 2026, croissance bénéficiaire attendue en 2026 et résilience du modèle de croissance à moyen terme.

Cinq secteurs se distinguent particulièrement: banques, ciment, BTP, santé et port. Les banques voient leur P/E reculer de -12% à 11,9x avec une croissance bénéficiaire résiliente autour de +7%.

Le Ciment enregistre une baisse de -29% de son P/E à 16,9x, avec une croissance attendue de +12,8% en 2026. Le BTP affiche un P/E de 28x contre 41x auparavant (-31%) et un profil de croissance bénéficiaire soutenu de +35%.

La santé voit son multiple chuter de -41% à moins de 21x, tout en conservant une croissance des profits supérieure à +30%. Le port enregistre un repli de -17% de son P/E à 30x et conserve des perspectives de développement solides à moyen terme.

Par Lahcen Oudoud
Le 10/03/2026 à 19h18