Barrages: le Maroc renforce son dispositif de classification et de contrôle des risques

Des déversements préventifs enclenchés à Al Wahda après la forte remontée du niveau des eaux.

Revue de presseFace à la multiplication des épisodes climatiques extrêmes et à la hausse du niveau de remplissage des retenues, les autorités accélèrent la mise en place d’un cadre réglementaire visant à classer les barrages et à renforcer l’évaluation continue de leur sécurité. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 04/02/2026 à 19h40

Au Maroc, la question de la sécurité des barrages s’impose aujourd’hui comme un enjeu central de la politique hydrique nationale, à mesure que les phénomènes climatiques extrêmes mettent sous pression les infrastructures existantes. «C’est précisément dans cette optique que s’inscrit le projet de décret que doit examiner le Conseil de gouvernement», indique le quotidien Les Inspirations Eco du février. Le texte vise à préciser les modalités de classification des barrages et à encadrer les procédures d’évaluation de leur sécurité, en application de la loi n° 30-15 relative à la sécurité des barrages, promulguée en 2016. Cette loi constitue le socle juridique de la gestion des risques hydrauliques au Maroc et repose sur un principe fondamental : tous les barrages ne présentent pas le même niveau de danger et doivent, par conséquent, faire l’objet d’un classement différencié.

La classification des barrages repose essentiellement sur l’analyse des risques qu’ils représentent pour les populations, les infrastructures et les activités économiques situées en aval. Plusieurs critères entrent en ligne de compte, notamment la taille de l’ouvrage, sa capacité de stockage, la configuration géographique du site et la densité des zones exposées en cas de rupture ou de défaillance. Cette hiérarchisation permet d’orienter les priorités en matière de surveillance, de maintenance et d’intervention d’urgence, en concentrant les moyens sur les ouvrages présentant les niveaux de risque les plus élevés.

«Parallèlement à cette classification, la loi impose la mise en place d’un système d’évaluation périodique de la sécurité des barrages», note Les Inspirations Eco. Chaque ouvrage doit faire l’objet d’études techniques approfondies destinées à analyser son comportement structurel, sa résistance aux contraintes hydrologiques et sismiques, ainsi que l’efficacité de ses dispositifs de régulation. Ces évaluations ne constituent pas de simples formalités administratives, mais s’inscrivent dans un processus continu visant à anticiper les défaillances potentielles et à garantir la pérennité des infrastructures.

Lorsque les résultats de ces évaluations révèlent des insuffisances, la réglementation prévoit l’élaboration de programmes de renforcement adaptés. Ces plans doivent définir les travaux nécessaires, leur calendrier d’exécution et les moyens techniques mobilisés, tout en étant soumis à la validation des autorités compétentes. L’objectif est d’inscrire la sécurité des barrages dans une logique proactive, fondée sur la prévention plutôt que sur la gestion de crise.

Le dispositif réglementaire prévoit également une surveillance permanente des ouvrages en exploitation. Les exploitants sont tenus de mettre en place des systèmes de suivi technique, de consigner les données relatives au fonctionnement des barrages et de maintenir des registres accessibles aux autorités de contrôle. Cette traçabilité constitue un élément essentiel pour détecter rapidement toute anomalie et déclencher, le cas échéant, des mesures correctives.

Au-delà des aspects techniques, la classification et l’évaluation des barrages traduisent une réorganisation institutionnelle de la gestion du risque hydraulique. La loi clarifie la répartition des responsabilités entre les différents intervenants. Le maître d’ouvrage ou le concessionnaire assume les obligations liées à la conception et à la réalisation du projet, tandis que l’exploitant est responsable de la sécurité durant toute la phase d’exploitation. L’administration, pour sa part, exerce un rôle de supervision et de contrôle, avec la possibilité d’imposer des mesures préventives pouvant aller jusqu’à l’abaissement du niveau de retenue en cas de menace pour la sécurité publique. Les agences de bassins hydrauliques participent également aux processus d’instruction et de contrôle, renforçant la coordination territoriale.

«Malgré l’adoption de la loi en 2016, la mise en œuvre complète du dispositif réglementaire a longtemps dépendu de textes d’application restés en attente», souligne Les Inspirations Eco. Dès 2017, plusieurs échanges internes entre le ministère de l’Équipement et de l’Eau et les agences de bassins hydrauliques avaient souligné la nécessité de préciser les modalités pratiques de classification et d’évaluation. Dans l’intervalle, certains aspects continuaient de reposer sur des arrêtés antérieurs, laissant subsister un cadre transitoire partiellement adapté aux nouveaux défis hydrologiques.

Les événements climatiques récents semblent aujourd’hui accélérer ce processus réglementaire. Face à la fréquence accrue des précipitations extrêmes et à la variabilité croissante des ressources hydriques, la classification et l’évaluation des barrages apparaissent désormais comme des instruments stratégiques pour garantir la sécurité des populations et renforcer la résilience du système hydraulique national. Dans un contexte marqué par l’incertitude climatique, ces mécanismes constituent un outil déterminant pour anticiper les risques, optimiser la gestion des infrastructures et consolider la politique de l’eau au Maroc.

Par La Rédaction
Le 04/02/2026 à 19h40