Banques d’affaires indépendantes: un nouveau souffle pour la finance marocaine

Le secteur financier marocain se transforme progressivement avec l’essor des banques d’affaires indépendantes, qui se détachent peu à peu de l’omniprésence des grandes banques universelles.

Revue de presse Longtemps dominé par les grandes banques universelles, le paysage financier marocain voit émerger un segment encore discret mais en pleine structuration: celui des banques d’affaires indépendantes. Portées par la montée des opérations de croissance, de transmission et par l’essor de la finance éthique, ces structures spécialisées gagnent en visibilité, à l’image du lancement de Fineopolis Capital, première banque d’affaires dédiée à la finance participative au Maroc. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 21/01/2026 à 19h12

Le paysage financier marocain connaît une inflexion notable avec l’émergence progressive des banques d’affaires indépendantes, longtemps restées dans l’ombre des grands groupes bancaires universels. Après l’annonce récente du lancement d’une banque d’affaires fondée par l’ancien patron du Crédit Agricole, Tessera Capital, le groupe Fineopolis vient à son tour officialiser la création de Fineopolis Capital, présentée comme la première banque d’affaires au Maroc spécialisée en finance éthique et participative. Cette initiative marque une nouvelle étape dans la structuration d’un segment encore naissant, mais appelé à jouer un rôle croissant dans l’accompagnement stratégique des entreprises et des investisseurs, indique le magazine Challenge.

Depuis le début des années 2010, le marché marocain des banques d’affaires indépendantes affiche une dynamique soutenue. Selon des données issues du Conseil de la Concurrence, ces acteurs capteraient aujourd’hui entre 15 et 20% des transactions financières, sur un volume global estimé à près de 25 milliards de dirhams en 2024. Cette progression s’opère dans un environnement dominé par quelques géants bancaires à structure oligopolistique, à l’image d’Attijariwafa Bank ou de BMCE Capital. Face à ces mastodontes, une poignée de structures indépendantes, estimées entre cinq et dix acteurs significatifs, misent sur l’agilité, la spécialisation et la proximité avec les dirigeants pour se démarquer.

Leur champ d’intervention couvre principalement le conseil en fusions-acquisitions, la levée de fonds pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire, la gestion de patrimoine pour une clientèle fortunée, ainsi que les opérations transfrontalières, notamment en Afrique. Cette montée en puissance s’explique par un contexte jugé favorable, marqué par l’accélération des privatisations, l’afflux d’investissements directs étrangers, notamment en provenance de Chine dans les secteurs des infrastructures et des énergies vertes, ainsi que par l’élargissement d’une classe de grandes fortunes locales. Malgré une réglementation prudentielle exigeante imposée par Bank Al-Maghrib et un certain retard dans l’adoption des outils fintech, ces structures parviennent à capter des opportunités que les grandes banques peinent parfois à saisir, en raison de leur lourdeur organisationnelle.

Plusieurs acteurs ont contribué à structurer ce marché de niche, relate Challenge. Fondée en 1994, SAGFI s’est progressivement imposée comme un pionnier du conseil financier indépendant, intervenant aussi bien sur les opérations de rapprochement que sur la gestion d’actifs et l’ingénierie financière. Son enregistrement auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux en tant que conseiller en investissement financier a renforcé sa crédibilité institutionnelle. De son côté, Capital Trust Finance s’est affirmée par une présence active sur les marchés de capitaux, accompagnant des opérations complexes grâce à un réseau d’investisseurs locaux et internationaux. Atrium Finance, plus discrète, s’est spécialisée dans le conseil stratégique et la finance d’entreprise, avec une sensibilité particulière pour les projets à impact social et les institutions de développement. D’autres structures, comme Atlas Capital, participent également à la diversification de l’écosystème en proposant des services intégrés allant de l’intermédiation boursière à l’accompagnement des family offices.

C’est dans ce contexte que Fineopolis Capital fait son entrée. Officiellement lancée le 20 janvier 2026 à Casablanca, la nouvelle entité se distingue par son positionnement axé sur la finance éthique et participative. Elle propose des services de structuration financière conformes aux principes de la charia, incluant l’ingénierie de sukuk, la gestion de patrimoine et l’investissement immobilier. Toutes les opérations font l’objet d’une double validation, financière et éthique, afin de garantir transparence et conformité. Pour son fondateur, Sami Assoulaimani, l’ambition dépasse le simple cadre national. Il s’agit de positionner le Maroc comme un hub régional capable de canaliser des capitaux exigeants vers des projets à forte valeur ajoutée économique et sociale.

L’émergence de ces banques d’affaires spécialisées s’inscrit dans une transformation plus large du système financier marocain, a-t-on pu lire dans Challenge. Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la finance participative et le lancement des premières banques de ce type en 2017, de nouvelles formes de financement ont progressivement trouvé leur place. Là où les banques participatives ont d’abord ciblé les particuliers et les PME, les banques d’affaires viennent compléter l’offre en proposant des solutions sophistiquées dédiées aux opérations de croissance, de transmission et de restructuration. Cette évolution répond également à une mutation profonde du tissu entrepreneurial.

De nombreuses entreprises familiales, bâties depuis les années 1980, arrivent aujourd’hui à un tournant stratégique. La question de la transmission, de l’ouverture du capital ou de l’adossement à un partenaire devient centrale, dans un contexte de concurrence accrue et d’exigences de gouvernance renforcées. Les banques d’affaires privées s’imposent alors comme des intermédiaires clés, capables d’arbitrer entre enjeux patrimoniaux, affectifs et stratégiques. Leur rôle ne se limite plus à optimiser une valorisation, mais à concevoir des opérations durables et acceptables pour l’ensemble des parties prenantes, accompagnant ainsi une transition économique discrète mais structurante pour le Maroc.

Par La Rédaction
Le 21/01/2026 à 19h12