Depuis la libéralisation du secteur des hydrocarbures en 2015, la dépendance du Maroc aux fluctuations des prix du pétrole reste structurelle. Dans un contexte de tensions internationales liées à la crise au Moyen-Orient, cette vulnérabilité réapparaît avec acuité, notamment en raison d’un niveau de réserves stratégiques limité à environ 20 jours de consommation. À six mois des élections législatives, la hausse des prix à la pompe s’impose comme un enjeu politique, indique le quotidien Les Inspirations Éco. Une augmentation de 2 dirhams par litre de gasoil a été enregistrée lundi, dans le sillage de la hausse des cours internationaux du pétrole, alimentée par l’escalade géopolitique au Moyen-Orient. Cette évolution, au-delà de ses effets sur le pouvoir d’achat, alimente le débat public et pourrait peser sur la prochaine échéance électorale.
Le Maroc importe chaque année des volumes importants d’hydrocarbures et de produits raffinés. En 2025, ces importations ont atteint 107 milliards de dirhams, contre un pic de 153 milliards en 2022, au plus fort de la crise russo-ukrainienne. Dans ce contexte, toute hausse des prix du baril se répercute directement sur les coûts supportés par les consommateurs. Plusieurs observateurs s’interrogent toutefois sur les modalités de répercussion de ces hausses sur les prix à la pompe. Dans un marché libéralisé, les distributeurs disposent de stocks constitués en amont des fluctuations des cours, ce qui pourrait en théorie atténuer les variations. La question des marges accumulées lors des périodes de baisse reste ainsi posée.
Depuis la fermeture de la raffinerie nationale en 2015, le Maroc dépend entièrement des importations pour son approvisionnement en carburants. Le marché est aujourd’hui assuré par plusieurs opérateurs privés, dont le nombre est passé de 19 à 35, écrit Les Inspirations Éco. Cette évolution a relancé les interrogations sur l’équilibre entre les intérêts des distributeurs et ceux des consommateurs. La question des stocks stratégiques constitue un autre point de fragilité. Bien que la réglementation impose un niveau de réserve équivalent à 60 jours de consommation, le pays fonctionne en pratique avec un niveau nettement inférieur. Cette situation a déjà entraîné des perturbations, notamment en février dernier, lorsque des intempéries ont affecté l’activité portuaire, provoquant des tensions d’approvisionnement dans certaines stations-service.
Des experts estiment que le renforcement des capacités de stockage nécessiterait des investissements d’environ 20 milliards de dirhams. Un montant à mettre en perspective avec les variations importantes de la facture énergétique nationale, qui peut augmenter de plusieurs dizaines de milliards de dirhams en période de crise. À l’international, plusieurs pays disposent de dispositifs plus robustes. Les membres de l’Agence internationale de l’énergie maintiennent des réserves équivalentes à au moins 90 jours de consommation. Certains pays dépassent largement ce seuil, à l’image du Japon ou de la Chine. En comparaison, le niveau de réserves du Maroc apparaît limité.
La fiscalité des carburants constitue un facteur supplémentaire de sensibilité. Les prix à la pompe intègrent une taxe intérieure de consommation, fixe, ainsi qu’une TVA proportionnelle au prix. Ainsi, la hausse des cours du pétrole se traduit également par une augmentation des recettes fiscales, accentuant le décalage entre les finances publiques et le coût supporté par les consommateurs. Cette situation, dans un contexte préélectoral, pourrait alimenter le débat politique dans les mois à venir.








