Ashnou katjik?

Zineb Ibnouzahir . Achraf Akkar

ChroniqueLe pitch? Elle est actrice, il est réalisateur. Elle est mariée. Quant à lui, on ne sait pas. Confronté à de sérieux doutes, le mari jaloux fait suivre son actrice de femme. Ce type d’histoires glauques, on aimerait bien que ce ne soit plus monnaie courante sous nos cieux.

Le 14/07/2019 à 10h56

Ca ressemble à un mauvais film, au mieux au scénario cousu de fil blanc, de larmes, de cris et de drames de l’une de ses séries mexicaines dont on nous abreuvait dans les années 90 avant que les Turcs et les Coréens ne prennent le relais de l’abrutissement de nos cerveaux.

Le pitch? Elle est actrice, il est réalisateur. Elle est mariée, quant à lui, on ne fait pas mention de sa situation maritale. On dira donc dans le doute qu’il ne l’est pas. De son mari, on dit qu’il est businessman, qu’il vit à New York et que de la carrière de sa femme, il ne veut rien savoir. Ou plutôt si, il veut qu’elle y mette un terme. Elle aurait quant à elle décidé de la poursuivre, et de venir à Casablanca pour travailler sur un film avec cet homme. Cet homme avec lequel elle aurait tenu plusieurs séances de travail dans un appartement, tard dans la nuit. C’est ce qui se dit… Donc ça doit être vrai.

Il paraît même qu’ils se prétendaient mari et femme, quand quelqu’un en venait à leur poser la question du pourquoi du comment tu-montes-seul-avec-cette-femme-dans-un-appartement-de-location-le-soir-venu, autrement dit, en langue darija, «Ashnou katjik» ?

Deux mots accompagnés d’un fatal point d’interrogation qui ont fait, et font toujours, trembler des générations de Marocains sur le point de conclure. En général, pour montrer patte blanche, il faut être prêt à dégainer son acte de mariage plié en six dans son portefeuille, sa carte d’identité portant la mention maritale autrement dit le nom de femme mariée ou arborer à son annulaire une bonne grosse bague bien bling-bling, quoique cette troisième option ne soit pas suffisante.

Sans quoi, on a droit à deux autres mots tout aussi terribles qui tombent comme un couperet: «la carte»...

Mais revenons-en à notre pitch… Confronté à de sérieux doutes, le mari jaloux fait suivre son actrice de femme et parvient à la quasi-certitude qu’elle le trompe corps et âme avec le réalisateur. Plusieurs filatures plus tard, ponctuées de photos des deux complices, une plainte est déposée. Et de ça, on ne s'échappe pas.

L’infernale machine judiciaire lancée, c’est alors qu’entrent en scène les forces de l’ordre. Pris en flagrant délit de «se trouver dans le même appartement au petit matin», il va maintenant falloir prouver que ces deux-là étaient bien en train de fricoter. C’est là que les experts entrent en scène et qu’un nid d’amour (c’est ce qui se dit en tout cas dans le voisinage) se transforme en scène de crime et que deux personnes finissent au poste de police en attendant le verdict.

C’est tout pour le moment. Ecran noir. To be continued.

Ce type d’histoires glauques qui finissent mal en général, on aimerait bien que ce ne soit plus monnaie courante sous nos cieux. On aimerait, candides que nous sommes, pouvoir s’aimer sans penser à l’article 490 du Code pénal qui nous interdit de penser à plus bas que la ceinture en dehors des liens du mariage sous peine de passer un an à l’ombre. Bonjour les générations de frustrés qui débarquent, cet été encore, en rut sur les plages…

Et si d’aventure, on songeait à tromper son conjoint, on aimerait aussi que la seule sentence qui nous pende au nez soit celle d’un divorce bien mérité sans pour autant voir rappliquer en meute, l’article 491 brandi en étendard, les gardiens des mœurs de tout le quartier.

N’oublions pas non plus qu’au Maroc, ce type d’histoires de fesses (c’est ce que dit le concierge en tout cas) sur fond d’adultères, on n’en aura jamais autant parlé que depuis que les islamistes tiennent les rênes du gouvernement. Non pas que ceux-ci soient des exemples de chasteté à suivre. Au contraire, les scandales sexuels impliquant des membres mariés d’un certain parti politique ont depuis longtemps pris le pas sur la politique elle-même.

D’un côté on interdit, de l’autre on fornique. Et dans ce grand charivari, on finit par croire que cette interdiction brandie et défendue par des gens «mestourines» sous toutes les coutures de leur voile et les poils de leur barbe, provient en fait d’une interdiction religieuse.

Et bien non. Au Maroc, fort heureusement pour nous, ce n’est pas la loi coranique que nous appliquons mais le Code pénal hérité du colonisateur français. Oui, fort heureusement pour nous, car sinon, on aurait droit à une bonne vieille séance de lapidation en place publique.

On préfère donc continuer à appliquer une loi héritée d’un autre pays, lequel n’applique lui-même plus cette loi...Allez comprendre.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 14/07/2019 à 10h56