Tit Mellil: sur ordre de la Wilaya, les personnes souffrant de troubles mentaux interdites d’accès au centre social Dar El Kheir

Le Complexe de protection sociale Dar El Khir de Tit Mellil, sis dans la banlieue de Casablanca.. Anas Zaidaoui / Le360

Le Centre social Dar El Kheir de Tit Mellil, créé pour accueillir les personnes les plus démunies, n’est plus autorisé par la Wilaya de la région de Casablanca-Settat à accueillir les personnes souffrant de troubles psychiatriques. Détails.

Le 11/04/2023 à 16h15

La Wilaya de la région de Casablanca-Settat a récemment informé les dirigeants du Centre social Dar El Kheir de Tit Mellil de sa décision d’interdire l’admission des personnes souffrant de troubles mentaux à cet établissement de protection sociale, révèle Mohamed Benjelloun Belghali, président de l’association Dar El Kheir Walkarama, qui dirige le complexe depuis le 1er octobre 2019.

La décision a pris de court les dirigeants dudit centre, qui la jugent «incompréhensible». «Les véhicules de maraudage, qui opèrent sous la supervision des autorités locales, nous ramènent les personnes souffrant de troubles mentaux. Nous n’avions pas d’autre choix que de les accueillir et de les prendre en charge», explique-t-il dans sa déclaration pour Le360.

«Dar El Kheir n’est pas un hôpital»

Interrogée par Le360, une source autorisée de la Wilaya de la région de Casablanca-Settat, qui assure la tutelle sur cet établissement social, a expliqué que les personnes ayant des problèmes de santé psychique «n’ont pas leur place dans un établissement de protection sociale et doivent être prises en charge dans un milieu hospitalier».

En effet, malgré les efforts déployés pour assurer la prise en charge, notamment médicale, des différentes catégories de ses pensionnaires, l’établissement n’est pas autorisé à prodiguer des soins ou à prendre en charge, sur le plan médical, une personne malade, comme le rappelle Mohamed Benjelloun Belghali. Selon ce dernier, Dar El Kheir accueille actuellement un continent de 371 personnes atteintes de troubles psychiques, soit plus de la moitié de ses bénéficiaires.

Quota dépassé

Question : comment expliquer la présence de ces 371 patients psychiatriques dans l’établissement? «Les autorités locales avaient référé près de 240 personnes atteintes de troubles mentaux à Dar El Kheir de Tit Mellil dans le cadre de l’opération Karama», répond notre source à la Wilaya.

Lancée par le ministère de la Santé en 2015, cette opération visait à mettre fin aux violations commises à l’encontre des malades mentaux hébergés à l’époque au mausolée Bouya Omar, à Casablanca. Les personnes retrouvées sur place avaient été diagnostiquées par le personnel médical, avant d’être transférées vers des hôpitaux spécialisés en fonction de leur état de santé, ou éventuellement vers des établissements de protection sociale, dont Dar El Kheir de Tit Mellil.

Ce qui était autrefois une exception est devenu la norme. Cet établissement était initialement autorisé à prendre en charge un nombre limité de patients psychiatriques, conformément à un quota imposé par les services du ministère de l’Intérieur. Or, aujourd’hui, avec ses 371 patients, le centre de Tit Mellil a largement dépassé ce quota, et contrevient par conséquent aux règles établies. «Les autorités locales envisagent de rétablir la situation en cessant d’envoyer des patients psychiatriques à cet établissement de protection sociale», ajoute notre source de la Wilaya.

Quid des patients psychiatriques sans abri ?

Bien que les patients souffrant de troubles mentaux pris en charge dans le centre ne seront pas expulsés, le président de l’association Dar El Kheir Walkarama a confirmé qu’aucune alternative n’a été proposée par les services de la Wilaya ou de la Commune de Casablanca pour les patients psychiatriques sans abri ou abandonnés. Des propos vérifiés également par Le360 auprès des responsables locaux de la Métropole.

De son côté, notre source à la Wilaya insiste sur le fait que les patients psychiatriques doivent être dirigés vers les hôpitaux psychiatriques plutôt que vers les établissements de protection sociale. Étant donné que les structures psychiatriques de la région de Casablanca-Settat manquent cruellement de lits, une question mérite d’être posée : où iront maintenant les malades psychiatriques sans abri?

Par Younes Saoury
Le 11/04/2023 à 16h15