Had Soualem: des usines clandestines d’aliment pour bétail au cœur d’un scandale sanitaire latent

De l'aliment pour bétail stocké dans un dépôt.. DR

Revue de presseDerrière des entrepôts anodins situés le long de l’axe reliant Casablanca à El Jadida, un réseau d’unités de production illégales transforme des déchets industriels en aliments pour bétail, hors de tout contrôle sanitaire. Révélée par un récent incendie, cette activité soulève de sérieuses inquiétudes quant à la sécurité alimentaire, et révèle les failles du système de surveillance. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 02/04/2026 à 19h26

C’est derrière les façades à première vue anodines de hangars, présentés comme des dépôts de stockage de ferraille ou de déchets, que se dissimulent depuis plusieurs années, diverses unités de productions clandestines d’aliment pour bétail dans la commune de Had Soualem, à la périphérie de Casablanca, le long de la route menant à El Jadida. Opérant en toute illégalité, ces installations alimentent un circuit opaque, dont les répercussions potentielles sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie agro-alimentaire est actuellement à l’origine de vives préoccupations, indique Al Ahdath Al Maghribia de ce vendredi 3 avril.

Ce qui s’y trame s’est ébruité parmi les habitants de cette région il y a quelques semaines, à cause d’un incendie qui a éclaté dans l’un de ces hangars. Alors que cette activité était encore insoupçonnée, de premières constatations révèlent que le site abritait un atelier clandestin où étaient broyés des résidus industriels issus d’une grande entreprise spécialisée dans la fabrication de biscuits, implantée dans la zone industrielle de Had Soualem.

Ces déchets étaient ensuite transformés, dans des conditions rudimentaires, en produits pour l’alimentation du bétail. «Les éléments recueillis sur place laissent peu de place au doute quant à la dangerosité de ces pratiques», indique Al Ahdath Al Maghribia. L’activité qui y était menée s’y déroulait en dehors de tout cadre réglementaire, sans qu’aucune autorisation n’ait été délivrée, et qu’aucun contrôle sanitaire n’y soit mené. Ces installations échappaient tout particulièrement «à la supervision de Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), l’organisme chargé de garantir la qualité et la sécurité des denrées alimentaires», signale le quotidien, qui s’inquiète de la conformité de cette production, et de ses effets sur la santé de consommateurs sur le long terme.

Au-delà des irrégularités administratives relevées par les enquêteurs, c’est bien la dangerosité sanitaire de cette production qui est en effet source d’inquiétudes. Les produits recyclés dans ces unités, qui étaient transformés selon des procédés rudimentaires, ne répondent pas aux normes définies par la réglementation en la matière. Le fait de les intégrer dans l’alimentation de cheptels induit d’éventuelles contaminations, et donc des conséquences sanitaires directes sur la qualité des viandes et des produits laitiers vendus aux consommateurs finaux.

Selon des témoignages recueillis sur place et relayés par le quotidien, ces hangars se sont progressivement et en toute discrétion transmués en unités de production informelles d’aliment pour bétail, après avoir initialement servi d’anciennes exploitations agricoles dédiées à l’élevage de bétail. À cause de l’insuffisance des contrôles, et dissimulés à l’abri des regards, l’activité dans ces hangars, totalement illégale et potentiellement dangereuse pour la santé publique, est devenue un ensemble de unités de production agro-industrielle échappant à tout contrôle sanitaire et financier des autorités.

Cette affaire s’inscrit dans une problématique plus vaste: celle de l’économie informelle du pays, composée de vastes circuits parallèles exploitant les failles d’une régulation pourtant définie par les lois en vigueur. C’est de cette manière qu’avides de gains rapides, certains individus se jouent de la santé des consommateurs.

Les autorités locales et provinciales de la province de Berrechid se retrouvent à être critiquées pour leur manque de vigilance, signale Al Ahdath Al Maghribia, ajoutant que les appels à une intervention urgente se multiplient. Des acteurs associatifs et des habitants de cette région demandent que ces réseaux clandestins soient démantelés, et que ces unités illégales soient immédiatement fermées. Ils veulent aussi que les contrôles sur les circuits de production des aliments pour bétail deviennent plus rigoureux, ce qu’une meilleure coordination entre les différents services compétents pourrait permettre.

Pour beaucoup, cet incendie qui vient d’être circonscrit à Had Soualem ne révèle qu’une infime partie d’une problématique plus vaste, signale le quotidien, qui évoque, sans donner plus de détails, un «système illégal implanté dans d’autres régions», «des usines de l’ombre» opèrent «loin de toute régulation». Alors même que la sécurité alimentaire est un enjeu stratégique, il devient plus que jamais nécessaire de veiller à contrôler rigoureusement les process des productions agro-alimentaires, leur traçabilité, de même que de veiller à auditer leur gestion.

Par La Rédaction
Le 02/04/2026 à 19h26