J’étais un enfant quand, en 1976, un obscur joueur tchécoslovaque a marqué un drôle de penalty face à l’Allemagne (la RFA, pour être plus précis), à l’occasion de la finale de l’Euro. Une frappe molle, comme une passe ratée, une «feuille morte», qui a pourtant trompé le grand Sepp Maier. Le joueur s’appelait Panenka. Il venait d’inventer un geste assez incroyable qui porte, depuis, son nom.
La conséquence, c’est que nous, dans les matchs de rue, on a commencé à tenter des panenkas. Pourquoi? Pour humilier l’équipe adverse et pour passer pour des héros, des demi-dieux. C’est beaucoup plus fort qu’un petit pont. Celui qui réussit une panenka transforme la victoire de son équipe en une victoire personnelle. C’est sa victoire à lui, il peut parader, il est intouchable. Au moins jusqu’au prochain match…
Le problème, c’est que neuf fois sur dix, on ratait le geste… Et je ne vous raconte pas le traitement de faveur que l’on réservait, à la fin du match, à celui qui avait tenté et raté une panenka, nous privant d’une victoire certaine…
Si vous avez l’habitude de me lire, vous savez probablement déjà à quoi je veux en venir…
Mettons de côté l’ambiance détestable qui a précédé la finale de la CAN, oublions la mauvaise foi de certaines sélections qui ne savent pas perdre un match de football et qui imputent leur échec à des complots imaginaires. Oublions aussi les sorties médiatiques d’avant-match, avec ces histoires ridicules de trains, de moustiques, de serviettes, etc. Passons sur les péripéties de la finale, sur le «cirque» de Pape Thiaw (l’entraineur du Sénégal), et sur tout le reste.
«Diaz a fait preuve d’un manque de discernement, et surtout d’humilité, au moment le plus important du match, du tournoi et peut-être aussi de sa jeune carrière…»
— Karim Boukhari
Il reste qu’à un moment, au bout du temps additionnel, il y a un pénalty pour le Maroc. Brahim Diaz se présente pour le tirer. S’il le marque, l’arbitre siffle la fin du match et le Maroc est champion d’Afrique, 50 ans plus tard.
Diaz, à ce moment très précis, peut effacer, d’une frappe bien placée, 50 ans de frustration. C’est un rendez-vous avec l’histoire. Alors, Diaz avance vers le point de pénalty… et tente une panenka ratée, pourrie, que Mendy, le gardien sénégalais, enlace comme un cadeau tombé du ciel.
Le geste est tellement raté qu’il a fallu que les uns expliquent aux autres que Diaz venait de tenter (et de rater) une panenka. En temps réel, beaucoup ont cru que Diaz venait de faire une passe à Mendy, comme s’il ne voulait pas marquer. Des théories sont d’ailleurs nées, après le match, pour expliquer que Brahim Diaz aurait reçu la consigne de ne pas transformer son pénalty. Beaucoup ont fini par le croire, au moins à chaud…
Il ne s’agit pas d’enfoncer Diaz, le meilleur joueur marocain sur cette CAN (avec Mazraoui et El Aynaoui). C’est un magnifique joueur et il faut le soutenir parce qu’il doit traverser de grands moments de solitude depuis dimanche dernier. Mais il a fait preuve d’un manque de discernement, et surtout d’humilité, au moment le plus important du match, du tournoi et peut-être aussi de sa jeune carrière…
Le problème n’est pas de louper un pénalty mais de tenter une panenka, c’est-à-dire un geste égoïste, à ce moment-là, dans le temps additionnel d’une finale. Diaz a pris cette décision et c’est comme s’il avait joué à la roulette russe, alors que rien ne l’y obligeait. Et il a perdu…





