Une véritable révolution numérique est en marche au Maroc, où l’intelligence artificielle (IA) s’est insérée avec une rapidité remarquable dans le quotidien d’une part croissante de la population. Loin d’être un simple outil, elle est désormais perçue par de nombreux Marocains comme un pilier essentiel de leur vie personnelle et professionnelle, au point que certains évoquent une forme de dépendance à ses multiples fonctions.
«Selon une enquête du groupe Sunergia, l’année 2026 marque un tournant décisif: 33% des Marocains interrogés déclarent utiliser l’IA, un chiffre qui bondit depuis les modestes 6% enregistrés en 2023, soit une augmentation de 27 points», rapporte Assabah de ce mercredi 21 janvier. Cette adoption massive s’accompagne d’une perception très positive de son utilité. En effet, 86% des utilisateurs considèrent cette technologie comme «utile et importante» dans leur vie. Cette appréciation se nuance entre ceux qui la jugent «très importante » (52%) et «précieuse» (34%).
L’enquête révèle que cette tendance est particulièrement prononcée chez les femmes, la tranche d’âge des 18-24 ans, ainsi que parmi les habitants des régions du Nord, de l’Est et du monde rural, démontrant une pénétration qui dépasse les centres urbains traditionnels. Les domaines d’application sont variés et touchent aux fondements de la connaissance et de la productivité. La recherche d’information arrive en tête (67%), suivie par le soutien aux études (48%) et l’optimisation du travail (34%).
Une part non négligeable de la population (10%) l’emploie même pour des créations plus complexes, comme la production de textes, d’images ou de vidéos. Des usages plus intimes émergent également, avec 1% des sondés l’utilisant pour animer des débats, des conversations ou endosser le rôle d’un ami virtuel. Sur le marché des outils, une plateforme domine largement le paysage: ChatGPT est utilisée par 89% des adeptes marocains de l’IA. Elle est suivie par Gemini (29%), DeepSeek (7%), Meta AI (3%) et Midjourney (1%).
«Cette immersion croissante pose naturellement la question de la dépendance», note Assabah. Interrogés sur leur capacité à s’en passer, les avis sont partagés: si une majorité (63%) estime pouvoir vivre sans IA, une partie non négligeable de la population exprime une forme d’attachement. Ainsi, 9% jugent impossible de s’en séparer, 10% considèrent cela très difficile, et 18% estiment que c’est possible mais laborieux. Ce paysage contraste radicalement avec la situation prévalant encore récemment. La même enquête rappelle qu’en 2023, 86% des Marocains n’avaient jamais entendu parler de ChatGPT. Parmi le petit cercle d’initiés d’alors (16%), plus de la moitié (52%) voyait même en cette technologie un danger potentiel pour l’humanité.








