Les autorités compétentes de la région de Tanger ont récemment reçu des rapports alarmants faisant état de ce qui est décrit comme un «vide sanitaire mortel» dans la ville d’Asilah. Cette situation résulte de l’absence totale d’infrastructures de santé spécialisées dans le traitement des addictions, un manque qui consacre une forme de marginalisation sanitaire et porte atteinte de manière directe au droit fondamental à l’accès aux soins, relève le quotidien Al Akhbar dans son édition de ce vendredi 16 janvier.
Les rapports en question ont été élaborés par l’Association Hassnouna de Tanger, spécialisée dans l’accompagnement des personnes dépendantes aux drogues. Ils mettent en lumière les limites des interventions menées sur le terrain par l’association à travers une unité mobile. Ces actions s’inscrivent principalement dans une logique de réduction des risques, notamment par la distribution de matériel de prévention et la fourniture d’un accompagnement de première ligne. Des mesures qualifiées d’urgence, mais qui ne sauraient en aucun cas se substituer à une prise en charge thérapeutique institutionnelle, ni exonérer les secteurs gouvernementaux concernés de leurs responsabilités légales et éthiques.
L’association insiste sur le fait que l’absence de services de traitement par agonistes opioïdes, en particulier la méthadone, constitue un facteur déterminant dans l’aggravation de la précarité sanitaire et sociale des usagers de drogues à Asilah, rapporte Al Akhbar. Cette carence ferme toute perspective réelle de rétablissement et d’insertion pour cette population déjà vulnérable. Dans ce contexte, l’association met en garde contre l’augmentation des risques de propagation de maladies transmissibles par le sang, telles que le VIH/sida et les hépatites virales, rappelant avec force que le droit aux soins est un droit constitutionnel qui ne devrait souffrir d’aucune discrimination territoriale ni être soumis à des considérations géographiques.
Sur le plan institutionnel, les rapports dénoncent également l’absence de réaction concrète face aux pétitions et aux revendications formulées depuis plusieurs années par des centaines d’usagers et de membres de leurs familles. Ces démarches sont restées lettre morte, ce qui traduit, selon l’association, un manque manifeste de volonté politique pour traiter la question des addictions sous un angle à la fois sanitaire et fondé sur les droits humains.
Face à cette situation, l’Association Hassnouna appelle à dépasser une simple gestion de crise et à s’engager dans des solutions structurelles et durables. Elle plaide pour un rapprochement effectif des services de traitement des addictions et de la psychiatrie au profit des habitants d’Asilah, que ce soit par la création d’une antenne d’un centre spécialisé ou par la mise en place d’unités mobiles qualifiées capables de dispenser un traitement par agonistes opioïdes sous supervision médicale.
S’appuyant sur des données scientifiques et des conventions internationales, l’association souligne que les approches thérapeutiques ont largement démontré leur efficacité, notamment en matière de réduction de la criminalité, de baisse des rechutes et de renforcement de l’intégration sociale et professionnelle. Elle appelle ainsi à rompre avec les approches purement répressives et à adopter une politique publique fondée sur la santé publique et le respect des droits humains, affirmant que le droit à la santé ne doit en aucun cas rester tributaire du lieu de résidence.







