Chronique d’une CAN qui a révélé la grandeur d’une nation

Soumaya Naâmane Guessous.

Soumaya Naamane Guessous.

ChroniqueAu Maroc, la CAN a révélé bien plus qu’un niveau sportif: une nation capable d’organiser, d’accueillir et de s’élever avec dignité. Nous n’avons peut-être pas soulevé la coupe, mais nous avons gagné en prestige, en respect et en grandeur collective.

Le 23/01/2026 à 11h05

Il existe des spectacles grandioses, des œuvres d’art bouleversantes, des discours capables de changer le cours de l’histoire. Et puis, il y a le football. Un simple ballon rond, 22 joueurs, quelques lignes blanches… et des peuples entiers retiennent leur souffle. Le football possède une magie étrange, presque irrationnelle, qui dépasse largement le cadre du sport.

Comment expliquer qu’un match puisse suspendre le temps, arrêter les villes, remplir les cafés, faire battre les cœurs à l’unisson? Pourquoi ce sport, et pas un autre?

D’abord sa simplicité: un ballon, un espace, 2 buts improvisés. Il est accessible à tous, dans les ruelles de Casablanca comme sur les plages de Rio ou sur les terrains poussiéreux d’Afrique. Là où d’autres sports exigent des équipements coûteux ou des règles complexes, le football se comprend en quelques minutes. Cette simplicité en fait un langage mondial.

Mais la magie ne s’arrête pas là. Le football est un théâtre d’émotions brutes. Chaque match raconte une histoire: la lutte, l’espoir, l’injustice parfois, le miracle souvent. Un but peut renverser le destin en une fraction de seconde. On peut dominer tout un match et perdre, subir et gagner.

Cette incertitude permanente crée une tension presque addictive. Dans les cafés marocains, on passe de l’euphorie au silence, du rire à la prière, de l’insulte à l’embrassade.

C’est aussi ce qui explique pourquoi le football éveille le patriotisme avec une telle intensité. Lors des grandes compétitions, les drapeaux surgissent aux fenêtres, les hymnes sont chantés avec ferveur, les différences sociales s’effacent. Pendant une Coupe d’Afrique ou une Coupe du monde, le pays devient une seule voix.

«Ce que le monde retiendra, au-delà du score final, c’est que le Maroc est capable du meilleur. Capable de rigueur, de ferveur maîtrisée, de respect»

—  Soumaya Naamane Guessous

Au Maroc, chaque victoire transforme les rues en fleuves humains. On klaxonne, on chante, on s’embrasse entre inconnus. Le football offre cet espace rare où l’identité nationale s’exprime sans discours, uniquement par l’émotion partagée.

Lorsque le Maroc a organisé la CAN, cette magie a pris une dimension supplémentaire. L’événement s’est déroulé sans aucune fausse note. Tout a été maîtrisé, anticipé, pensé jusque dans les moindres détails: infrastructures modernes, stades éblouissants, sécurité, transports, logistique, accueil. Mais au-delà des moyens, il y avait l’essentiel: une population exemplaire.

Ce que l’on retiendra de cette CAN, c’est un pays, ses institutions et un peuple qui ont marqué l’histoire du football africain par leur sens de l’éthique, leur éducation, leur générosité et leur hospitalité légendaire. Les supporters marocains ont applaudi le beau jeu, respecté l’adversaire, accueilli les visiteurs avec chaleur. Le Maroc a montré qu’il ne savait pas seulement aimer le football, mais aussi l’honorer… Même face au chaos invraisemblable, honteux, qui a marqué la finale!

Dans les stades de Rabat, Tanger, Marrakech ou Agadir, les tribunes vibraient bien avant le coup d’envoi. Certains priaient à voix basse, d’autres invoquaient la baraka. On espérait, on attendait, on croyait que la coupe resterait au Maroc. Non par arrogance, mais par amour du jeu, par fierté collective, par reconnaissance du chemin parcouru.

Cette réussite éclatante n’a pourtant pas fait l’unanimité. Comme souvent lorsqu’un pays avance vite et bien, le succès a dérangé. Des tentatives de dénigrement, de minimisation, voire de sabotage symbolique ont émergé. Mais rien n’a pu entacher l’essentiel. Au contraire ces réactions ont confirmé une vérité ancienne: lorsque l’on dérange, c’est que l’on progresse. Au lieu de chercher à discréditer l’effort colossal déployé par le Maroc, nombre de pays gagneraient à s’inspirer de cette CAN, la meilleure de toute son histoire.

La fin a néanmoins laissé un goût amer. Non pas parce que le Maroc a perdu, car perdre fait partie du sport, mais en raison des comportements de l’équipe sénégalaise qui ont terni cette belle aventure. Des attitudes contraires à l’éthique sportive ont rompu l’harmonie d’un tournoi jusque-là exemplaire. Une déception, certes, mais qui n’efface ni la grandeur de l’organisation, ni les performances de nos joueurs, ni la maturité du public marocain.

Ce que le monde retiendra, au-delà du score final, c’est que le Maroc est capable du meilleur. Capable de rigueur, de ferveur maîtrisée, de respect. Capable d’offrir une compétition de très haut niveau, digne des plus grandes scènes internationales.

Cette CAN a été bien plus qu’un tournoi. Elle a été un test grandeur nature pour 2030. Un test réussi haut la main. Le Maroc y a démontré sa capacité à organiser, accueillir, rassembler et inspirer.

Nous avons peut-être perdu une coupe, quoiqu’injustement, mais nous avons gagné en dignité, en prestige et en crédibilité internationale. Nous pouvons être fiers de notre Roi, nos institutions, de nous, de nos joueurs, de notre éthique, de notre hospitalité, de notre amour sincère du football...

Rendez-vous en 2030. Pour vibrer. Pour briller davantage.

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 23/01/2026 à 11h05