La majorité gouvernementale traverse une période de forte tension politique, marquée par un blocage qui a empêché la tenue d’une réunion entre les dirigeants de ses trois composantes. «Cette situation a suscité de nombreuses interrogations au sein de l’opposition et alimenté le débat sur la cohésion de l’exécutif», indique le quotidien Assabah dans son édition du lundi 30 mars.
La décision d’Aziz Akhannouch de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du Rassemblement national des indépendants, formation qui conduit la coalition gouvernementale, a contribué à compliquer la situation. Ce choix aurait perturbé le processus de convocation d’une réunion des chefs de la majorité, en l’absence d’un cadre organisationnel clair et d’un ordre du jour défini. Des responsables des partis composant la majorité s’interrogent notamment sur les raisons de ce retard.
Au cœur des discussions figure une question procédurale: qui est habilité à convoquer une telle réunion? Le débat oppose plusieurs options, entre Aziz Akhannouch en sa qualité de chef du gouvernement et ancien président du parti, et son successeur, Mohamed Chouki, désormais à la tête du parti. Cette ambiguïté institutionnelle a contribué à accentuer le blocage.
«Les dirigeants du Parti Authenticité et Modernité et du parti de l’Istiqlal attendaient une initiative du nouveau président du RNI pour relancer la dynamique», note Assabah. En parallèle, des figures influentes du RNI ont plaidé pour que l’invitation émane d’Akhannouch, en raison de son statut politique et institutionnel. Durant les quatre dernières années, ce dernier avait en effet joué un rôle central dans la coordination de la majorité, contribuant à apaiser les différends internes et à maintenir une ligne commune face aux critiques de l’opposition.
Malgré cela, certaines voix discordantes ont émergé au sein même des partis de la majorité, adoptant parfois des positions jugées proches du discours populiste afin de séduire l’électorat. Cette évolution reflète un climat politique de plus en plus concurrentiel à l’approche des échéances électorales.
L’absence de réunion et de communication officielle avec la presse sur les décisions concernant les dossiers prioritaires a été interprétée comme le signe de tensions internes profondes. Les observateurs estiment que ces divergences pourraient s’intensifier à mesure que se rapproche la date des prochaines élections législatives, prévues le 23 septembre, chaque formation de la majorité affichant déjà son ambition de les remporter et de diriger le futur gouvernement.
«La majorité est attendue sur sa capacité à se positionner sur les évolutions récentes de la scène politique, notamment après l’adoption des décrets encadrant les élections, préparés par Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur», écrit Assabah. L’enjeu consiste également à définir une stratégie commune pour défendre le bilan gouvernemental.
Jusqu’à présent, cette tâche a été principalement portée par Akhannouch lui-même, comme en témoigne sa récente intervention lors d’une réunion parlementaire tenue à Agadir. Cette rencontre a été marquée par l’élection du jeune Yassine Akkacha à la présidence du groupe parlementaire, en remplacement de Chouki. Le choix du lieu de la réunion, en dehors de la capitale, Rabat, a par ailleurs suscité des interrogations dans les milieux politiques.
Parallèlement, les responsables des partis de l’Istiqlal et du PAM ont intensifié leurs activités sur le terrain, notamment dans leurs bastions électoraux, en critiquant certaines décisions gouvernementales. Les critiques se concentrent en particulier sur les aides accordées aux importateurs de bétail, accusés de bénéficier de fonds publics sans impact significatif sur la baisse des prix. Ces opérateurs, autrefois associés au secteur de l’élevage, seraient désormais actifs dans d’autres domaines, y compris celui de la santé, ce qui alimente davantage la polémique.




