Guerre en Ukraine: les multiples enseignements pour tout futur conflit

Un membre d'équipage de la 18e brigade d'aviation de l'armée vérifie les moteurs d'un hélicoptère Mi-8 avant une sortie, dans l'est de l'Ukraine le 9 février 2023, au milieu de l'invasion militaire russe en Ukraine.. AFP or licensors

Avec ses chars de l’époque soviétique et ses tranchées, la guerre en Ukraine ressemble parfois à un vestige du passé. Mais elle apporte aussi, selon des experts, son lot d’enseignements pour tout futur conflit, du Moyen-Orient à Taïwan.

Le 15/02/2023 à 08h08

Nécessité de maintenir des niveaux importants de stocks en armements, guerre high-tech et recours aux outils de l’intelligence artificielle (IA): en voici un aperçu.

L’intelligence artificielle

Sur le champ de bataille, repérer des cibles et pouvoir les frapper rapidement est crucial.

La nouveauté, c’est le «sensor fusion» (ou «fusion de capteurs») qui permet, en combinant différentes sources, de se faire une image précise du terrain, relève Stephen Biddle, expert des questions de défense à l’université Columbia.

En Ukraine, l’entreprise américaine Palantir a fourni à Kiev ses outils d’intelligence artificielle permettant de trier des gigaoctets de données et d’aider le commandement à connaître, en temps réel, les mouvements de troupes russes, leurs positions et les cibles potentielles.

Le dirigeant de Palantir, Alex Karp, assure que ces «armes de guerre» d’un nouveau type donnent à ses utilisateurs un avantage tactique crucial sur leurs adversaires.

Des armes autonomes

La guerre des drones a vu le jour en Ukraine. Russes et Ukrainiens sont, à présent, globalement dotés des mêmes capacités en la matière, et les armées du monde entier s’activent pour s’équiper.

La prochaine étape: des drones autonomes nouvelle génération, programmés pour attaquer sans intervention humaine.

Ces «robots tueurs» laissent craindre l’absence de supervision des militaires ou des responsables politiques.

Les Ukrainiens disposent déjà de drones de fabrication américaine Switchblade dotés d’une capacité de «reconnaissance d’objet» leur permettant de choisir les cibles.

Des responsables ukrainiens assurent, par ailleurs, travailler sur leurs propres drones totalement autonomes.

L’open source

Avec la guerre en Ukraine, la récupération d’informations disponibles sur internet ou renseignement open-source (OSINT en anglais) est devenue cruciale.

Chacun peut scruter les groupes Telegram, photos satellites, cartographies, groupes de discussion en ligne et autres vidéos TikTok pour glaner des informations allant de la géolocalisation de cibles potentielles aux coulisses des décisions politiques.

De très nombreux soldats russes ont payé de leur vie l’usage de leur téléphone portable en Ukraine.

Candace Rondeaux, du centre d’études New America, rappelle que l’open source foisonnait dès avant la guerre d’informations liées aux préparatifs de l’invasion russe de l’Ukraine, lancée le 24 février.

«Je ne sais pas si les Etats-Unis et leurs alliés en ont vraiment pris la mesure (...). Une partie du travail, c’est littéralement d’aller sur les plateformes de réseaux sociaux», dit-elle.

La défense aérienne

Etant donné tout l’argent investi dans les avions furtifs ou bombardiers, le rôle relativement limité de l’aviation dans le conflit en Ukraine a surpris plus d’un observateur.

La raison tient à la défense aérienne, à savoir la capacité de tirer des missiles sol-air et ainsi maîtriser l’espace aérien.

Ce n’est pas nouveau, souligne Stephen Biddle: «Il est très difficile de réussir une offensive face à une défense bien préparée.»

Ce qu’a démontré l’Ukraine, c’est que les pays ont besoin de batteries de défense aérienne en quantité. Un défi de taille lorsqu’on sait qu’une batterie Patriot coûte plus d’un milliard de dollars.

Des armes, encore des armes

L’un des principaux enseignements de cette guerre est le rôle fondamental que jouent les stocks d’armes et de munitions. Le conflit en a consommé en quantité, ce qui nécessite d’avoir des stocks, beaucoup de stocks, et d’assurer le ravitaillement.

Or, l’Ukraine manque de tout, des munitions les plus simples aux plus sophistiquées. Ce qui explique l’effort considérable des alliés pour répondre à la demande.

Pour Becca Wasser, du Center for a New American Security, évoquant une récente simulation d’une invasion chinoise de Taïwan, le ravitaillement dans ce cas, en particulier en missiles de précision, poserait un «défi colossal».

Comme pour l’Ukraine, dit-elle, «nous ne pouvons pas simplement supposer qu’un conflit entre les Etats-Unis et la Chine autour de Taïwan serait rapide».

Pour Candace Rondeaux, les Etats-Unis doivent partager leurs technologies et aider leurs alliés de l’Otan à produire des armements de façon coordonnée.

Décentralisation

Selon Stephen Biddle, le fait que le commandement ukrainien soit décentralisé s’est révélé être efficace face aux Russes sur le terrain.

«Cela fait longtemps qu’un commandement rigide et centralisé à la russe est une mauvaise idée», relève-t-il.

Or, nombre de pays de l’Otan sont aussi toujours très centralisés, situation «très difficile à modifier».

Des leçons pour Taïwan

Becca Wasser relève que l’Ukraine n’a commencé à moderniser son armée qu’après l’humiliation de la prise rapide de la Crimée par les Russes en 2014.

L’armée taïwanaise devrait en faire de même dès maintenant, estime-t-elle.

Autre élément crucial: citant l’exemple de l’Ukraine, Stephen Biddle estime que «la motivation pour aller combattre est un facteur essentiel».

«La question de savoir si les militaires taïwanais seraient aussi motivés que l’ont été les Ukrainiens sera très importante», conclut-il.

Par Le360 (avec AFP)
Le 15/02/2023 à 08h08