De Mohammedia à Tanger: l’histoire d’amour marocaine de Jacques Brel

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L’un des plus grands chanteurs de tous les temps a bien souvent trouvé son inspiration au Maroc. Au détour d’un couloir d’hôtel, sur un virage, dans la pénombre d’une ruelle… Retour sur le Maroc de Jacques Brel, qui s’est éteint il y a 40 ans, le 9 octobre 1978.

Le 13/10/2018 à 09h08

C’est en 1956 que Jacques Brel découvre pour la première le Maroc, lorsqu’il chante aux Arènes de Casablanca, alors qu’il est encore peu connu en France. Il y revient une seconde fois en 1959, pour chanter cette fois-ci sur la scène du cinéma de l’Agdal à Rabat puis entreprend une tournée en 1966 qui le mène de Rabat à Casablanca en passant par Meknès.

L’endroit auquel on associe, aujourd'hui encore, le souvenir de Jacques Brel est indéniablement le Sphynx à Mohammedia. L’hôtel a d'ailleurs dernièrement rouvert ses portes, après avoir plongé dans quelques décennies d’oubli. Ancien lupanar, c’est ici, chez Madame Andrée, que Jacques Brel avait ses petites habitudes.

Sa chanson «Jeff» lui rend ainsi hommage lorsque que le chanteur promet à son ami, désespéré: «on ira voir les filles chez la Madame Andrée, paraît qu’y en a des nouvelles», pour lui remettre du baume au cœur. L'endroit incarne encore les vestiges de son passé et a ainsi donné le nom de "Madame Andrée" à son restaurant et de "Jeff" à sa boîte de nuit.

Autre chanson composée au Maroc, la célèbre «la valse à 1000 temps», qu’il aurait écrite en 1960, entre Casablanca et Tanger. Un tempo, dit-on, inspiré par les nombreux virages qui caractérisent cette ancienne route.

En 1973, il est invité à prendre part au festival des arts traditionnels de Marrakech et d’après l’ouvrage collectif «Brel et le Maroc», c’est à cette époque qu’il aurait pensé à s’établir définitivement dans le sud marocain, avant de choisir finalement les îles Marquises pour ultime refuge.

Ali Hassan, mythique animateur radio à la SNRT, qui a bien connu le chanteur et qui a participé à la rédaction de l’ouvrage «Brel et le Maroc» raconte à son sujet dans un entretien: "c'est lors d'une interview, alors que j'accompagnais mon patron, que j'ai fait sa connaissance, il était accompagné d'Eddie Barclay. Nous étions dans un coin du bar de l'hôtel Saâdi, lorsqu'ils sont entrés. J'ai eu l'audace, le café étant vide, de prendre mon verre et de le lever vers Brel en disant: "je suis très honoré de boire dans la même taverne que Monsieur Jacques Brel". Après, nous avons trinqué ensemble et nous avons sympathisé. Il a voulu visiter le pays et nous sommes partis trois jours, c'était la période où il voulait quitter la civilisation. Je lui ai montré un coin du Maroc - Goulmina - qui l'a séduit. Il voulait s'y installer. Nous nous sommes baladés pendant cinq jours dans un rayon de 250 km autour de Marrakech. Au moment de nous quitter il m'a dit: tu es l'un des seuls journalistes avec qui je suis resté marié plus de 24 heures, parce que tu n'as pas posé une seule question professionnelle. Après son départ, je n'ai jamais essayé de reprendre contact avec lui."

Par Zineb Ibnouzahir
Le 13/10/2018 à 09h08