Marchés de gros: la réforme qui veut briser le pouvoir des intermédiaires

Au marché de gros.

Revue de presseFace aux critiques croissantes sur la flambée des prix des fruits et légumes, les autorités lancent une réforme structurelle des marchés de gros. L’objectif est de moderniser les circuits de commercialisation, renforcer la transparence et limiter l’influence des intermédiaires et des pratiques spéculatives qui pèsent sur le consommateur. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 09/03/2026 à 19h43

La réforme des marchés de gros des fruits et légumes s’impose progressivement comme l’un des chantiers majeurs engagés par les autorités pour tenter de reprendre le contrôle d’un secteur clé de l’approvisionnement alimentaire. «Pilotée conjointement par le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Agriculture ainsi que le ministère de l’Industrie et du Commerce, cette transformation vise à mettre fin à un système jugé opaque et dominé par les intermédiaires, dont l’influence sur la formation des prix est régulièrement dénoncée», indique le magazine hebdomadaire Challenge.

Certains professionnels du secteur estiment que la spéculation joue un rôle déterminant dans l’envolée des prix observée ces dernières années. Selon un opérateur impliqué dans ces circuits, la responsabilité des spéculateurs pourrait représenter près de 70% des hausses constatées, voire davantage. Dans certains cas, les marchandises changeraient de main avant même leur livraison effective, étant revendues à des entreprises cherchant à se prémunir contre les variations de prix.

Cette dynamique se répercute directement sur les petits commerçants, qui se retrouvent contraints d’augmenter leurs prix de vente sans toujours maîtriser les mécanismes qui expliquent ces hausses. Souvent placés en première ligne face aux consommateurs, ils subissent les critiques alors que leurs marges restent limitées. Le fonctionnement des marchés agricoles se caractérise également par un manque de transparence dans la formation des prix. Les négociations entre producteurs et intermédiaires s’effectuent souvent dans un cadre peu régulé, laissant aux acteurs dominants une grande latitude pour fixer les conditions des transactions. Parallèlement, certains opérateurs misent sur les fluctuations de prix pour réaliser des gains importants, au détriment du consommateur final.

Selon Challenge, «les volumes d’opérations financières liées aux matières premières agricoles peuvent dépasser largement la valeur réelle des récoltes». Même si les données précises restent difficiles à établir, ces pratiques alimentent régulièrement les accusations de spéculation excessive dans les circuits de distribution. La situation est d’autant plus complexe que la majorité des transactions s’effectue en dehors de marchés organisés. Près de 80% des opérations spéculatives sur les fruits et légumes se dérouleraient sur des marchés de gré à gré, rendant leur contrôle particulièrement difficile pour les autorités.

Face à ces dysfonctionnements, les pouvoirs publics ont décidé d’engager une réforme structurelle visant à transformer en profondeur l’organisation des marchés de gros. Le projet prévoit notamment l’adoption d’une nouvelle législation destinée à remplacer un cadre réglementaire jugé obsolète. L’objectif est d’instaurer des règles plus strictes pour encadrer les transactions et renforcer les mécanismes de contrôle tout au long du processus de vente.

La réforme ambitionne également d’introduire des méthodes de gestion modernisées et de renforcer les dispositifs de traçabilité afin de suivre plus précisément le parcours des produits, de la production à la commercialisation. Pour les autorités, il s’agit de réduire l’influence des intermédiaires accusés d’alimenter les pratiques spéculatives et de faire grimper les marges entre la ferme et l’étal.

Dans cette perspective, le projet prévoit la création progressive de marchés de gros de nouvelle génération, dotés d’infrastructures adaptées et de systèmes logistiques modernes. Chaque région devrait à terme disposer d’un équipement répondant à ces nouvelles normes, avec des règles de fonctionnement destinées à garantir davantage de transparence dans les transactions. Aujourd’hui, le Maroc compte environ trente marchés de gros structurés auxquels s’ajoutent huit marchés parallèles opérant de manière informelle. L’ensemble de ces structures génère un chiffre d’affaires annuel estimé à plus de 7 milliards de dirhams, dont près de 400 millions alimentent les recettes des collectivités territoriales.

Dans le cadre de la réforme, douze marchés de gros nouvelle génération doivent être mis en place à l’échelle nationale. Ces infrastructures devraient offrir des capacités logistiques améliorées, des systèmes de gestion modernisés et des mécanismes de contrôle renforcés destinés à mieux encadrer les transactions. La ville de Rabat devrait inaugurer ce nouveau modèle avec un marché de gros dont la mise en service est annoncée comme imminente. Ce projet pilote doit servir de référence pour le déploiement progressif du dispositif dans les autres régions du pays.

Par La Rédaction
Le 09/03/2026 à 19h43