Fès: le foundouk Al Maâssara s’écroule, ses artisans crient à l’aide

Le foundouk Al Maâssara de Fès dans un état délabré. (Y.Jaoual/Le360)

Le 18/03/2026 à 14h48

VidéoAu cœur de la médina de Fès, le fondouk Al Maâssara, ancien espace dédié aux artisans, se dégrade dangereusement sous l’effet du temps et du manque d’entretien. Situé à proximité de la place Lalla Yeddouna et de la célèbre tannerie Chouara, ce lieu historique abrite encore des dizaines de professionnels contraints de travailler dans des conditions à risque, en attendant une intervention des autorités.

Dans les ruelles étroites de la médina de Fès, à quelques pas des circuits touristiques les plus fréquentés, le foundouk Al Maâssara semble suspendu dans le temps. Derrière ses murs accablés, des artisans poursuivent leur labeur quotidien, comme si de rien n’était, malgré les signes évidents d’un bâtiment à bout de souffle.

À l’intérieur, le constat est sans appel. Les fissures serpentent le long des murs, les plafonds menacent de céder et la lumière peine à traverser les ouvertures vieillissantes. Dans ces petits ateliers, les marteaux résonnent encore sur le cuivre, tandis que les mains des cordonniers façonnent le cuir avec une précision intacte. Mais ici, chaque geste s’accompagne d’une inquiétude latente, surtout lors des journées pluvieuses où l’humidité fragilise davantage la structure.

«Ici on travaille avec la boule au ventre», confie Abdelkaddous Amrani, artisan cordonnier, en désignant une partie du mur effondrée. Selon lui, la situation s’est aggravée depuis le lancement du chantier de Lalla Yeddouna et l’aménagement de l’oued Jawahir. «Des pans entiers ont cédé, et malgré nos alertes répétées, rien n’a été réparé», déplore-t-il.

Il raconte également la visite, il y a près d’un an, d’une commission venue prélever des échantillons des murs, laissant espérer une réhabilitation imminente. Depuis, plus rien. Aucun chantier, aucune solution alternative pour reloger les artisans, contrairement à d’autres fondouks de la médina qui ont bénéficié de restaurations complètes.

Dans son atelier, Mohammed Moustakim, dinandier (artisan spécialisé dans le travail du cuivre), partage le même sentiment d’abandon. «Nous avons multiplié les appels, mais ils sont restés sans réponse», explique-t-il, tout en poursuivant son ouvrage. Autour de lui, les outils s’accumulent, témoins d’un savoir-faire ancestral qui continue de vivre, malgré la précarité des lieux.

Le contraste est d’autant plus frappant que les zones voisines connaissent une véritable dynamique de réhabilitation, portée par des programmes de valorisation du patrimoine. À quelques mètres seulement, les projets de restauration redonnent vie à certains espaces, accentuant le sentiment d’injustice ressenti par les occupants du foundouk.

Pour ces artisans, le foundouk Al Maâssara n’est pas qu’un simple lieu de travail: c’est une mémoire vivante, un maillon essentiel de l’identité artisanale de Fès. Entre résilience et inquiétude, ils espèrent aujourd’hui une prise de conscience rapide des autorités, soit une restauration en profondeur de ce site historique, soit la mise à disposition d’un espace alternatif sécurisé. Car au-delà des murs qui s’effritent, c’est tout un héritage qui vacille, porté à bout de bras par ceux qui refusent, malgré tout, de laisser leur métier disparaître.

Par Youssra Jaoual
Le 18/03/2026 à 14h48