Dépôts bancaires: pourquoi les Marocains gardent leur épargne disponible

La préférence pour la liquidité stimule la progression des dépôts à vue dans les banques marocaines.

Les dépôts bancaires poursuivent leur progression, tirés par la forte dynamique des dépôts à vue, tandis que l’épargne à terme s’inscrit en recul. Les dernières statistiques de Bank Al-Maghrib mettent en évidence une transformation progressive des comportements financiers des ménages et des entreprises, désormais davantage orientés vers la liquidité dans un environnement économique incertain. Analyse avec l’économiste Mohammed Jadri.

Le 10/03/2026 à 15h44

Les dépôts bancaires poursuivent leur progression soutenue. Selon les statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib, les dépôts bancaires à caractère monétaire ont atteint 1.367,65 milliards de dirhams (MMDH) à fin décembre 2025, enregistrant une hausse annuelle de 7,5%.

Dans le détail, les dépôts à vue auprès des banques ont dépassé 1.001 MMDH, en croissance de 10,3% sur un an. À l’inverse, les comptes à terme et les bons de caisse se sont contractés de 4,7%, pour s’établir à 114,19 MMDH.

La tendance s’est poursuivie au début de cette année. En janvier 2026, les dépôts auprès des banques ont atteint 1.348,7 MMDH, en hausse annuelle de 8,6%, traduisant une poursuite du renforcement des ressources bancaires.

Les dépôts à vue ont continué de faire preuve d’une forte dynamique, avec une progression de 11,3%, au moment où les comptes à terme et bons de caisse se sont encore repliés (-2,7%).

Pour décrypter ces évolutions et analyser les transformations que connait le comportement financier des agents économiques, Le360 a interrogé l’économiste Mohammed Jadri. Confirmant cette tendance de fond, notre interlocuteur indique que cette évolution traduit une préférence croissante pour la liquidité, aussi bien chez les ménages que chez les entreprises.

Selon lui, plusieurs facteurs expliquent ce mouvement. Il s’agit, en premier lieu, explique-t-il, du niveau relativement faible de la rémunération des dépôts à terme qui en réduit l’attractivité, limitant l’intérêt d’immobiliser l’épargne sur des périodes prolongées.

À cela s’ajoute un environnement économique marqué par des incertitudes persistantes, notamment une inflation encore perceptible, des tensions géopolitiques internationales et l’évolution des taux d’intérêt, poursuit-il. Dans ce contexte, les agents économiques privilégient la flexibilité financière, note-t-il.

Selon Mohammed Jadri, cette orientation est aussi portée par un facteur structurel: la digitalisation des paiements et l’usage croissant des services bancaires en ligne, qui renforcent le rôle des dépôts à vue, désormais au cœur de la gestion financière quotidienne.

Prudence des épargnants

Pour l’économiste, le choix des Marocains de conserver des liquidités disponibles relève davantage de la prudence que d’une défiance envers le système bancaire.

Les faibles niveaux de rémunération jouent un rôle déterminant. Un dépôt à terme à six mois rapporte autour de 2%, tandis que l’épargne réglementée dépasse à peine 1,6%, explique-t-il, rendant l’immobilisation de l’argent moins intéressante.

De ce fait, de nombreux épargnants privilégient la disponibilité immédiate de leurs fonds, quitte à renoncer à un rendement jugé modeste. Ce comportement traduit une adaptation à un climat économique incertain, où la capacité de mobilisation rapide de l’épargne devient essentielle.

En parallèle, une diversification des placements s’observe, selon l’économiste: une partie de l’épargne se redirige vers d’autres supports, notamment l’immobilier, le marché boursier ou des produits d’investissement alternatifs, contribuant à la baisse des dépôts à terme.

S’agissant des banques, souligne-t-il, la hausse globale des dépôts constitue une évolution positive, reflétant un niveau de confiance élevé et une base de ressources conséquente.

Toutefois, nuance-t-il, la structure de ces ressources change: les dépôts à vue, par nature plus volatils et moins prévisibles que les dépôts à terme, peuvent compliquer la gestion actif-passif des établissements bancaires, surtout dans un contexte de creusement du déficit de liquidité.

Ce risque demeure néanmoins maîtrisé, puisque le secteur bancaire dispose d’outils solides de gestion de la liquidité, tandis que la banque centrale intervient via ses opérations de refinancement pour stabiliser le marché monétaire, note-t-il.

«Le véritable enjeu pour les banques sera désormais surtout de réussir à transformer cette liquidité abondante mais courte en financements à moyen et long terme pour l’économie, tout en maintenant un équilibre prudent dans leur gestion des ressources» , conclut-il.

Par Lahcen Oudoud
Le 10/03/2026 à 15h44