La montée des tensions au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz font peser une menace directe sur l’agriculture marocaine, pourtant portée par des perspectives de campagne prometteuses. Citant Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural, le quotidien Les Inspirations Eco du 30 mars relève que «la dépendance du Royaume aux importations d’engrais azotés expose dangereusement l’ensemble du secteur à une flambée des coûts et à d’éventuelles perturbations de production».
Dans un contexte international déjà fragilisé, le détroit d’Ormuz constitue un point névralgique pour l’acheminement du gaz naturel, indispensable à la fabrication des engrais azotés. Or, le Maroc dépend quasi totalement des importations en provenance du Golfe pour satisfaire ses besoins. «Le détroit d’Ormuz est un point de passage pour le gaz naturel en provenance des pays du Golfe. Ce dernier est la composante principale de l’engrais azoté qui est nécessaire à presque toutes les plantes pour leur survie et leur développement», rappelle Rachid Benali. Une ressource essentielle, puisque».
Si le Maroc dispose d’un avantage comparatif dans les engrais phosphatés, la situation est tout autre pour les intrants azotés. «Aujourd’hui, le pays importe l’ensemble de sa consommation d’engrais azotés du Moyen-Orient», insiste le président de la COMADER. Dans ce contexte, toute entrave au transport maritime dans la région se répercute immédiatement sur la sécurité d’approvisionnement. Il y voit un scénario qui n’est pas sans rappeler les perturbations consécutives à la guerre en Ukraine.
«Alors que Bank Al-Maghrib table sur une production céréalière de 82 millions de quintaux, les incertitudes liées à l’accès aux engrais viennent assombrir les perspectives», précise Les Inspirations Eco. «Toutes les filières et les productions agricoles seront touchées si nous manquons d’engrais azotés, surtout les céréales», avertit Benali. Le maraîchage, les cultures céréalières et les oléagineux figurent parmi les plus exposés.
Au-delà des volumes, c’est aussi la question des coûts qui inquiète. Le prix de l’ammonitrate connaît déjà une envolée significative. «Actuellement, un quintal d’ammonitrate 33 coûte environ 450 dirhams. On parle déjà d’un quintal qui pourrait monter jusqu’à 750 dirhams», précise-t-il, soit une hausse d’environ 60%. Une inflation qui risque de se répercuter sur l’ensemble de la chaîne de production.
Face à cette situation, les agriculteurs se retrouvent pris dans une équation difficile. « Soit l’agriculteur peut se permettre de l’acheter à ce prix, soit il réduit le dosage», explique Benali. Dans le premier cas, la hausse des coûts grève les marges, sans garantie de pouvoir la répercuter sur les prix de vente. Dans le second, c’est la productivité qui est compromise. «C’est donc un vrai dilemme pour nos agriculteurs», résume-t-il, rappelant que le secteur sort de six ans de sécheresse qui ont fortement entamé les capacités financières des exploitants.
Pour l’heure, la profession reste dans l’observation, suspendue à l’évolution du conflit. Tout dépendra de la durée de cette guerre. Une crise de courte durée resterait gérable, mais un enlisement compliquerait considérablement la situation. Benali n’exclut pas un retour des mesures de soutien public déjà mises en place par le passé, notamment en 2023, lorsque l’État avait plafonné les prix des engrais et accordé des subventions. «Je pense que ces mesures devraient être reconduites. Ni l’agriculteur ni le consommateur ne pourront supporter ces nouvelles hausses», estime Benali.
Les inquiétudes ne se limitent pas aux engrais. Le blocage du détroit d’Ormuz pourrait également entraîner une hausse du fret maritime, impactant d’autres intrants stratégiques, notamment les aliments pour bétail. «Toute augmentation des prix du transport maritime risque directement de toucher les volailles, les ovins et les bovins», souligne Benali, pointant la vulnérabilité d’un secteur déjà fragilisé.




