Soupçons de fraude électorale à Tanger: le maire Mounir Laymouri renvoyé devant le juge d’instruction, une détention provisoire requise

Mounir Laymouri, maire de Tanger.

Le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Tanger a décidé de renvoyer le maire de la ville, Mounir Laymouri, devant le juge d’instruction de la même juridiction, avec un réquisitoire demandant sa poursuite en état de détention et son incarcération à la prison de Tanger «Ain Dalia». Une seconde personne a également été renvoyée dans ce dossier.

Le 01/10/2026 à 16h50

Selon des sources concordantes, le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Tanger a décidé la poursuite du maire sur la base des faits qui lui sont reprochés. Tout est parti du jour du scrutin, le 23 septembre. Un sac contenant des documents électoraux avait été découvert aux abords du bureau de vote installé à l’école Al Qods, dans le quartier de Casabarata. Une vidéo de l’interpellation d’un individu en possession de ce sac avait circulé sur les réseaux sociaux et suscité une vive polémique sur les conditions du vote dans cette circonscription.

Le procureur général du Roi près le tribunal de première instance de Tanger avait réagi dans la foulée, annonçant l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire. Les investigations avaient rapidement conduit à l’interpellation de cinq suspects, parmi lesquels deux présidents de bureaux de vote et leurs deux adjoints respectifs.

Le parquet avait ensuite détaillé, samedi 26 septembre, le scénario retenu par les enquêteurs. Le suspect interpellé en possession du sac, vice-président d’un bureau de vote, aurait soustrait un lot de bulletins depuis l’intérieur de son bureau, avec l’aide du président de ce même bureau. Il les aurait dissimulés dans le sac avant de les sortir de l’école, puis aurait œuvré à les réintroduire dans deux bureaux de vote, en coordination avec les autres personnes impliquées.

Les investigations avaient également révélé que l’encre utilisée sur les bulletins saisis différait de celle employée dans les bureaux de vote. Sur la base de ces éléments, le parquet avait saisi le juge d’instruction d’une demande d’ouverture d’information judiciaire, pour suspicion d’atteinte aux opérations de vote, de falsification et de participation à ces faits.

La veille, vendredi 25 septembre, un mandat de recherche national avait été délivré contre Mounir Laymouri, maire de Tanger, également directeur de la campagne électorale du parti dans la ville. L’un des mis en cause avait cité le nom de l’édile dès son audition. Une confrontation entre les deux hommes devait alors permettre d’établir les faits. Les autorités avaient d’abord contacté Mounir Laymouri avant de se rendre à son domicile, où il était resté introuvable. Son départ vers l’Espagne, via le poste frontière de Bab Sebta, avait motivé la délivrance du mandat.

Mounir Laymouri avait de son côté démenti toute fuite. Il avait affirmé à Le360 qu’il s’agissait d’un voyage à l’étranger programmé à l’avance, sans lien avec les développements judiciaires que connaissait la ville de Tanger.

L’interpellation à l’aéroport et la garde à vue

Le maire avait finalement été interpellé le lundi 28 septembre, dès son arrivée à l’aéroport international Tanger Ibn Battouta, à bord d’un vol en provenance de Malaga. Il avait été conduit au siège de la préfecture de police de Tanger, où le procureur général du Roi avait ordonné son placement en garde à vue le soir même, afin d’approfondir les investigations sur sa possible implication.

Il avait été soumis à une audition prolongée d’environ dix heures devant les éléments de la police judiciaire. Il avait choisi de garder le silence après que les enquêteurs lui ont soumis des enregistrements d’appels téléphoniques l’ayant mis en contact avec des personnes poursuivies dans le dossier avant le jour du scrutin. Il avait refusé toute déclaration jusqu’à sa comparution devant le procureur général. Sa garde à vue avait ensuite été prolongée hier, mercredi 30 septembre.

Par Said Kadry
Le 01/10/2026 à 16h50