Une réplique inattendue au cœur d’un lieu institutionnel.
Dans le hall du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication à Rabat, une réplique inattendue de la Hassan Tower attire les regards. Réalisée entièrement en carton ondulé, elle pourrait sembler n’être qu’un exercice de design. Elle révèle pourtant une évolution plus large : la manière dont certaines entreprises industrielles cherchent aujourd’hui à relier savoir-faire technique, durabilité et patrimoine culturel au Maroc.
Pendant quelques instants, les visiteurs du ministère s’arrêtent, intrigués. Devant eux se dresse une reproduction détaillée de la Tour Hassan - mais réalisée dans un matériau que l’on associe habituellement aux emballages et à la logistique.
Cette réplique en carton ondulé a été conçue et fabriquée localement par les équipes de design de Smurfit Westrock Maroc. Elle a été présentée au ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mehdi Bensaid, par Mounir Naciri, PDG de Smurfit Westrock Maroc.
Sa réalisation a mobilisé plus de 1.200 heures de travail des artisans et designers de l’entreprise, illustrant la précision et la créativité que peut atteindre un matériau souvent perçu comme purement utilitaire.
Si l’objet se distingue d’abord par son impact visuel, il révèle surtout une évolution plus large: la manière dont les entreprises industrielles cherchent aujourd’hui à inscrire leur expertise dans un récit public dépassant le simple cadre de la production.
Quand un matériau industriel devient support culturel
Le choix du monument n’est évidemment pas anodin. La Tour Hassan constitue l’un des symboles les plus reconnaissables de Rabat et un repère fort dans l’imaginaire national. La reproduire en carton ondulé - matériau généralement associé à l’emballage et à la logistique - crée un contraste volontaire.
Ce qui est habituellement perçu comme un matériau purement utilitaire devient ici un support de précision, de design et d’expression culturelle. Un matériau banal devient ainsi un vecteur de narration industrielle.
Conçue par des designers marocains et fabriquée localement, la réplique démontre également le niveau de précision et de créativité atteint aujourd’hui par certaines équipes industrielles du pays.
Au-delà d’un objet créatif, l’installation agit comme une forme de récit industriel: elle met en lumière des compétences de conception et de fabrication souvent invisibles pour le grand public. Le carton ondulé, recyclable et issu de fibres renouvelables, illustre également l’évolution des solutions industrielles vers des approches plus durables.
L’installation dans le hall d’accueil du ministère renforce encore cette dimension. Placée dans un espace où se rencontrent institutions culturelles, autorités publiques et acteurs économiques, l’œuvre dépasse la simple présentation d’entreprise pour devenir un symbole de dialogue entre industrie et patrimoine.
Même l’éclairage bleu, aligné sur l’identité visuelle de Smurfit Westrock Maroc, reste discret et évite de transformer l’installation en opération de promotion de marque trop visible. L’ensemble conserve ainsi une dimension institutionnelle et culturelle.
Au-delà de l’impact économique, une contribution culturelle
«Nous parlons souvent de l’impact socio-économique des entreprises — des investissements, des emplois ou de la création de valeur. Mais les entreprises peuvent aussi jouer un rôle dans la vie culturelle des sociétés dans lesquelles elles opèrent. À travers cette initiative, nous avons voulu montrer qu’une entreprise industrielle peut également dialoguer avec le patrimoine et contribuer, à sa manière, au récit culturel du pays. Voir nos designers marocains recréer l’un des monuments les plus emblématiques du Royaume est une source de grande fierté pour nos équipes», explique Mounir Naciri.
L’emballage industriel, un maillon stratégique des chaînes de valeur
À mesure que le Maroc renforce son positionnement comme plateforme industrielle régionale, des secteurs souvent considérés comme secondaires - tels que l’emballage ou la logistique -prennent eux aussi une importance stratégique dans l’organisation des chaînes de valeur.
Cette initiative reflète également une évolution plus large dans le rôle de l’emballage industriel au sein de l’économie marocaine. Longtemps perçu comme une simple fonction logistique, ce secteur accompagne aujourd’hui plusieurs filières stratégiques du pays, notamment l’automobile et l’agroalimentaire.
Dans ces industries, l’emballage ne constitue plus un détail secondaire. Il devient une véritable décision d’ingénierie influençant la protection des pièces, l’efficacité des chaînes d’approvisionnement et la maîtrise des coûts. Les échanges organisés récemment avec plusieurs acteurs de l’écosystème automobile marocain autour de ces enjeux illustrent cette transformation.
La réplique de la Tour Hassan applique cette même logique dans un registre différent: un matériau associé à l’utilité devient un vecteur de design, de précision et de narration industrielle.
Une industrie qui participe au récit du pays
Au-delà de sa dimension symbolique, le projet reflète une évolution plus large dans la manière dont l’industrie marocaine se présente aujourd’hui. Les entreprises accordent une attention croissante à leur récit public, reliant leurs capacités techniques à des thématiques telles que la durabilité, la création de valeur locale et la continuité culturelle.
Dans cette perspective, la Tour Hassan en carton dépasse largement le statut de simple reproduction. Elle suggère que la modernité industrielle au Maroc ne se définit plus uniquement par ce que les entreprises produisent.
Elle se définit aussi par la manière dont l’industrie participe au récit collectif du pays.
La Tour Hassan n’est pas seulement un monument du passé : elle est un symbole vivant de notre histoire et de notre identité, qui nous rappelle que le développement d’une nation s’enracine toujours dans la mémoire et la transmission.




