Les dessous d’une imposture: les «fuites» du tandem Hijaouy-Jerando mettent à nu la fabrique des fake-news sur le Maroc

De gauche à droite: le youtubeur Hicham Jerando et l'ex-agent Mehdi Hijaouy.

De gauche à droite: le youtubeur Hicham Jerando et l'ex-agent Mehdi Hijaouy.

Des enregistrements audio inédits dévoilés par Atlas Hacks font voler en éclats le roman de Mehdi Hijaouy, pseudo-ex-numéro 2 du renseignement extérieur marocain dépeint en dissident persécuté, et de son relais youtubeur Hicham Jerando. Loin du costume de haut stratège de la DGED, l’agent se revendique allègrement homme de toutes les sales besognes, tueur à gages quand il n’est pas perceur de coffres-forts. Décryptage d’une collusion toxique nourrie aux fausses révélations et au sensationnalisme.

Le 20/07/2026 à 16h55

Les enregistrements audio ont ce charme vénéneux: ils trahissent sans ménagement les artifices de la posture. Entre un prétendu insider du renseignement et un agitateur du Web en quête permanente de sensationnalisme, les conversations récemment exhumées confinent à l’absurde, étalant une médiocrité d’échanges qui défie le sens commun. Ces verbatims révèlent néanmoins une vérité brute sur le profil réel des deux protagonistes et la nature exacte de leur conspiration d’opérette.

D’un côté s’agite Mehdi Hijaouy, 53 ans. L’homme aime à draper son égo d’un costume trop grand pour lui: celui d’ancien numéro deux de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le renseignement extérieur marocain. Aujourd’hui en fuite au Canada pour échapper à des poursuites judiciaires pour escroquerie au Maroc, il égraine depuis son exil nord-américain de vraies élucubrations déguisées en fausses révélations.

De l’autre côté de la ligne se trouve Hicham Jerando, sulfureux commerçant, lui aussi établi au Canada. Reconverti en youtubeur vindicatif, il a fait du dénigrement systématique des institutions marocaines son principal fonds de commerce, tirant l’intégralité de ses pseudo-«scoops» du réservoir d’inepties fourni par Hijaouy. Entre les deux hommes, la mécanique est rodée, le deal d’un cynisme parfait. Un «win-win» d’escrocs. Hijaouy instrumentalise Jerando pour cracher son venin. Jerando pompe aveuglément les phantasmes de sa source pour alimenter sa foire aux scandales. Seulement voilà: à la faveur d’une fuite massive d’enregistrements audio et de conversations documentées, divulguée sur les réseaux sociaux par un collectif baptisé Atlas Hacks, le masque est définitivement tombé. Et le spectacle est saisissant.

Le barbouze et le youtubeur sous emprise

Dans ces échanges, Hijaouy déroule un ton pompeux, surchargé d’un jargon de pacotille emprunté au monde du renseignement («triangulation», «fiches», etc.). Il n’en faut pas plus pour terrasser d’admiration un Jerando littéralement conquis, qui tente péniblement d’adapter son niveau de langage pour paraître à la hauteur du grand «stratège» qu’il croit avoir en face de lui.

Ce qui saisit d’emblée, c’est l’effrayante déconnexion de Hijaouy qui confesse, avec une autosatisfaction déconcertante, être l’exécuteur des plus sales besognes. L’homme ne se contente pas d’avouer des violations de domicile. Il se revendique tueur de sang-froid. Pas une, pas deux, pas trois, mais bien huit liquidations à son actif. On mesure ici le gouffre qui sépare la réalité d’un personnage de l’image façonnée par une certaine presse étrangère naïve ou complaisante, laquelle s’échine à dépeindre Hijaouy en «homme qui en savait trop», persécuté pour ses idées et son opposition au «Makhzen».

L’extrait d’une conversation captée par Atlas Hacks est, à ce titre, un chef-d’œuvre de déballage. Hijaouy y raconte fièrement s’être introduit dans la chambre d’hôtel d’une source stratégique pour y crocheter le coffre-fort et y dérober un passeport diplomatique. Un document accordé dans un premier temps par les autorités à la demande d’Ilyas El Omari, ancien patron du Parti authenticité et modernité (PAM) et ex-président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, avant que les services marocains ne se ravisent.

Furieux d’avoir été doublé, El Omari appelle alors Hijaouy pour vérifier s’il est l’auteur de ce coup de force. Notre «James Bond du bled» s’empresse évidemment de répondre par l’affirmative, savourant sa bravade. Au fil du récit, El Omari est habilement rabaissé. «Ilyas? Il n’est plus personne! Son erreur fatale, c’était de vouloir s’exposer en pleine lumière à la tête du parti et de la région. Aujourd’hui, il compte pour du beurre. Tu sais, chez nous, nous avons nos codes: Mouatten [citoyen], c’est le nom de code qu’on utilise pour désigner un agent. Alors, il y a le Grand Mouatten, c’est Fouad [Ali El Himma, conseiller du roi Mohammed VI], et il y a le Petit Mouatten... et ça, c’est moi. Ilyas, lui, n’est qu’un simple Mouatten anonyme».

Et à Jerando qui tente une relance qu’il imagine subtile sur l’influence réelle d’El Omari, Hijaouy tranche d’un ton qu’il veut pontifical: «Le seul et unique pouvoir qu’avait Ilyas, c’était Fouad. Toute sa force, elle venait de Fouad et de nulle part ailleurs».

Braquages, meurtres et folie furieuse

Qu’en retenir? De ses propres aveux, l’auto-proclamé numéro deux de la puissante DGED n’est en réalité rien d’autre qu’un vulgaire perceur de coffres-forts. Mais le tableau s’assombrit encore. Le cambrioleur se double d’un homme de main adepte du crime de sang, se vantant d’être l’architecte de multiples opérations d’élimination. Mieux: il prétend être l’un des rares, sinon le seul, technicien encore capable de frapper au Maroc.

«Entre nous, qui est encore capable de s’occuper d’opérations de liquidation d’envergure au Maroc? Personne! J’étais au cœur même du réacteur et je te le certifie: il n’y a plus personne en capacité de mener ce genre de contrats. Je te parle de vraies opérations, ciblées, transnationales, effectives! Nous n’étions que deux. Nous avions été formés exclusivement à cette fin. Et même l’autre s’est arraché!», confie encore Hijaouy. Cherchant à faire valoir sa culture géopolitique, Jerando l’interrompt pour lui objecter qu’avec des scandales mondiaux de l’ampleur de l’affaire Khashoggi, de telles opérations d’élimination à l’ancienne avaient nécessairement été stoppées net. Et d’évoquer l’ombre d’un mystérieux complice. «Il y avait encore ce frère de Hicham Mandari (escroc notoire se prétendant proche du Palais, retrouvé abattu d’une balle dans la tête sur un parking entre Mijas et Fuengirola, sur la Costa del Sol espagnole, dans la nuit du 3 au 4 août 2004, NDLR) qui était utilisé dans ce genre d’opérations...», souligne doctement Jerando.

Touché dans son amour-propre de super-tueur, Hijaouy pique une crise d’invectives. «Lui? Mais c’est un mongolien! Il est incapable de courir un 100 mètres! Il n’y avait que moi et l’autre, point barre. Tous les autres barbouzes ne savent qu’opérer derrière un écran d’ordinateur. Moi, j’ai mené une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit opérations sur le terrain», rétorque-t-il.

Poussant son entreprise de glorification personnelle jusqu’à l’absurde, Hijaouy finit par revendiquer la paternité directe de l’assassinat de Mandari en Espagne. «Mandari, c’est moi ! De A à Z. C’est moi qui étais derrière toute l’affaire de bout en bout», confesse-t-il. Lorsque Jerando émet un doute embarrassé, prétextant être lui-même en contact direct avec l’un des auteurs présumés du meurtre, «celui qui a appuyé sur la gâchette et a collé une balle dans la tête de Mandari», la rage de Hijaouy est contenue avec grande peine. «C’est du grand n’importe quoi. C’est totalement faux! Ton contact t’a menti sur toute la ligne. D’ailleurs, celui qui a tiré n’a jamais été un Marocain», lâche-t-il.

Et quand Jerando avance le nom d’un autre agent supposément impliqué dans le commando, Hijaouy s’enferme définitivement dans ses propres contradictions en abattant sa dernière carte d’orgueil. «Mais lui, ce n’était qu’un OPP [Officier de police principal], alors que moi, j’étais Commissaire». La précision est de taille et voilà l’aveu de trop. Car à quel moment, dans quel pays doté d’une architecture institutionnelle sérieuse, un simple commissaire de police peut-il être propulsé de facto numéro deux du renseignement extérieur? Qui plus est d’un pays comme le Maroc, reconnu à l’échelle internationale comme une puissance majeure en matière de sécurité et d’anticipation stratégique?

Le miroir brisé de l’imposture

Le constat est implacable. Celui qui se drapait dans le costume de l’ancien stratège de la DGED, prétendument persécuté par tout un appareil d’État pour la noblesse de ses convictions politiques, se trahit par sa propre bouche. Les enregistrements révèlent un vulgaire homme de main, un braqueur de coffres du dimanche et un assassin autoproclamé revendiquant huit exécutions sommaires, incapable de supporter la moindre concurrence ou l’ombre d’un doute sur ses «hauts faits». Un mythomane, ou pas, à l’égo hypertrophié qui n’a jamais dépassé le grade de commissaire, un poste de début de carrière accessible à n’importe quel titulaire d’une licence en droit ou en sciences économiques.

Ce qui demeure profondément scandaleux, c’est l’aveuglement complice de certains prétoires et de pans entiers de la presse française. C’est à ce type de profil criminogène et instable que des avocats opportunistes et des médias orientés choisissent d’accorder une tribune respectueuse pour mener leur vendetta par procuration contre le Maroc et ses institutions.

Et ce sont ces escrocs, doublés d’assassins décomplexés, auxquels des pays démocratiques comme le Canada offrent naïvement le statut d’asile et des canaux de diffusion. Des plateformes d’où ils distillent impunément fake news, appels à la haine, incitations au meurtre et au chaos, comme le fait sans relâche Hicham Jerando. Jusqu’à ce que la vérité des faits ne vienne définitivement balayer le roman national des affabulateurs.

Par Tarik Qattab
Le 20/07/2026 à 16h55