Soufiya Al Karkariya: l’Algérie crie à un «complot religieux» venu du Maroc

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Revue de presseKiosque360. Il a juste fallu un engouement des Algériens pour une tariqa soufie marocaine, connue sous le nom d’Al Karkariya et très répandue à travers le monde, pour que certains médias et autorités algériens crient au complot «étranger».

Le 25/08/2017 à 21h54

Fondée par Mohamed Faouzi Al Karkari (né à Afsou où se trouve la montagne d’Al Karkar, près de Nador), la Tariqa soufiya Al Karkariya compte de nombreux disciples à travers le monde. Elle est particulièrement répandue en Afrique du nord, en Europe, au Moyen-Orient et même en Australie. Mais c’est au Maroc et en Algérie que cette voie soufie compte le plus d’adeptes, captés surtout grâce à son intense activité sur les réseaux sociaux. Bien que considérée comme une ramification de la Tariqa Al-Alouia Darkaouiya Chadilia, elle s’en distingue par ses prières rogatoires collectives, où ses disciples portent tous une tenue à 12 couleurs sous forme de damier, comme un «cube de Rubik», disent ses détracteurs.

C’est la rapide expansion de cette voie soufie chez le voisin oriental du Maroc, particulièrement dans la région de Mostaganem comme le rapporte le quotidien Al Ahdath Al Maghribia du week-end des 26-27 août, qui a créé une véritable levée de boucliers en Algérie.

En effet, depuis quelques jours, certains médias locaux font endosser au Maroc «la responsabilité de l’exportation des idées sectaires de la Karkariya» vers l’Algérie, en vue de porter atteinte à son «référentiel religieux». Un jeune Algérien du nom de Moussa Belghit aurait même eu des ennuis avec les «services» pour avoir affiché publiquement, à travers une vidéo sur le Net, son appartenance à la tariqa Karkariya. Surtout qu’il affirme avoir visité la ville marocaine d’Al-Aroui où se trouve le siège de cette tariqa, dont l’un des enseignements majeurs prône la tolérance et la lutte contre l’extrémisme sous toutes ses formes.

Pour le quotidien algérien Achourouk, la voie Al Karkariya «n’a rien à voir avec le référentiel religieux national, à savoir le malékisme». Comme si le Maroc était adepte d’un islam chiite ou wahhabite! Achourouk donne même la parole au patron de la tariqa qadiriya en Algérie, Hassan El Hassani, pour s’entendre dire que «les voies soufies visent la stabilité (sic !) de la société algérienne, en vue d’y créer la zizanie». D’autres chefs religieux locaux contactés par le journal ajoutent que derrière la voie Al Karkariya, se cache en réalité un «complot étranger qui vise l’Algérie» et auquel ils demandent à leur ministère des Affaires religieuses d’y faire face.

Selon un autre quotidien algérien, Al Khabar, un imam de Mostaganam a lui aussi affiché son grand intérêt pour les enseignements du soufi marocain Mohamed Faouzi Al Karkari, ce qui lui a valu d’être renvoyé d’une direction qu’il occupait au ministère algérien des affaires religieuses.

Pourtant, parmi les enseignements de Mohamed Faouzi Al Karkari, on apprend ceci : «Notre tariqa est la tariqa de la vision à l’état d’éveil, et celui qui ne voit pas, je ne suis pas son cheikh et il n’est pas mon mouride». Voilà peut-être pourquoi la Karkariya perturbe les autorités algériennes, qui voient des complots partout… comme le «complot sioniste» à travers les clandestins subsahariens.

Par Mohammed Ould Boah
Le 25/08/2017 à 21h54