Infographie. La prévision économique en temps de Covid, un exercice impossible?

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La pandémie du coronavirus et ses nombreux soubresauts, ont considérablement compliqué la tâche des institutions conjoncturistes, qui établissent les prévisions de croissance économique. La preuve, chiffres à l'appui.

Le 25/12/2020 à 13h21

«Les prévisions restent entourées d’un niveau exceptionnellement élevé d’incertitudes, en lien avec l’évolution de la pandémie»: voilà une phrase qui, en 2020, aura ponctué toutes les publications des institutions conjoncturistes qui se livrent à l’exercice difficile de la prévision économique.

La prévision économique est toujours incertaine, par nature. Mais les modèles de prévisions sophistiqués aujourd’hui utilisés par les statisticiens permettent de réduire sensiblement les marges d’erreur.

La pandémie et ses nombreux rebondissements, ont toutefois littéralement fait voler en éclat la pertinence de ces modèles. Le degré d’incertitude est tel que tenter d’estimer un taux de croissance, et de manière plus générale, l’évolution des principaux agrégats économiques (inflation, finances publiques, etc.) dans un environnement aussi instable et mouvant, relève de la gageure.

Pour s’en rendre compte, il suffit de voir les écarts abyssaux entre les prévisions du taux croissance établies en mars, au début de l’état d’urgence au Maroc, et celles établies au dernier trimestre de 2020.

Pour Bank Al-Maghrib par exemple, l’écart est de 8,9 points entre la prévision de croissance pour l’année 2020 pronostiquée en mars (+2,3%) et celle établie en décembre (-6,6%).

Le Centre marocain de conjoncture (CMC), une autre institution de référence, réputée pour la qualité de ses prévisions, a elle aussi dû composer avec cet environnement des plus incertains, comme en témoigne l’écart de 7 points entre sa prévision de mars et celle de septembre.

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Il faut dire qu’à la décharge des institutions conjoncturistes en général, et de BAM et du CMC en particulier, entre ces deux dates, l’évolution de la situation sanitaire a connu de nombreux soubresauts, jalonnée de périodes de confinement, de restrictions, de fermetures de frontières, de reprises puis d’arrêt d’activités.

«Les estimations ont été biaisées par l’effet de la pandémie du Covid-19», a reconnu le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, après le conseil tenu par la Banque centrale, en septembre 2020.

Il faut aussi garder à l’esprit qu’au Maroc, un autre facteur d’incertitudes majeur entre en jeu en matière de prévisions économiques: la pluviométrie, dont les variations, d’une année à l’autre, influent directement et significativement sur le niveau de la campagne agricole et céréalière, et par conséquent sur le taux de croissance.

La prévision économique reste pourtant un exercice indispensable. C’est à partir de celle-ci que les décideurs économiques, qu’ils soient du secteur public ou privé, se basent pour prendre leurs décisions.

Pour l’année 2021, Bank Al-Maghrib prévoit une croissance de 4,7%, sous réserve d’une campagne céréalière moyenne de 75 millions de quintaux et, bien entendu, dans l’hypothèse d'une évolution favorable de la situation sanitaire.

Les dernières mesures restrictives annoncées cette semaine par les autorités nous rappellent que cette situation tant attendue n'est pas (encore) atteinte. 

Par Amine El Kadiri et Youssef El Harrak
Le 25/12/2020 à 13h21