Casa Mawarid: la nomination du directeur général débloquée par la mission programmée de la Banque Mondiale

A Casablanca, la présidente du Conseil de la Ville, Nabila Rmili, a officialisé la nomination de Najib Ouradi, en tant que directeur général de Casa Mawarid. . Le360 (photomontage)

Devant l'urgence de rendre opérationnelle cette nouvelle structure fiscale de la Commune de Casablanca, Nabila Rmili vient de cautionner une nomination qui était restée bloquée par son prédécesseur. C'est que le candidat n'aurait pas fait ses preuves à Casa Numeric.

Le 03/12/2021 à 08h30

Réunion extraordinaire en cette fin de journée du mardi 23 novembre à la mairie de Casablanca. Autour de la table, la présidente du Conseil, Nabila Rmili, entourée de quelques-uns de ses vice-présidents, en plus des régisseurs des communes et d'autres hauts fonctionnaires.

«Même l'époux de la présidente a assisté à cette réunion», nous confie une source proche de la mairie. «Mais il était là juste en qualité d’observateur, sachant qu'il est expert-comptable», ajoute notre source, comme pour désamorcer toute nouvelle polémique au sujet de Taoufik Kamil, lui-même président de l'arrondissement de Sbata.

En fait, la star de cette assemblée restreinte est un tout autre personnage. Il s'agit de Najib Ouradi, enfin adoubé par la présidente comme directeur général de Casa Mawarid, une nouvelle structure sur laquelle repose tant d'espoirs à Casablanca, notamment en termes financiers.

Une SDL fiscaleCette Société de développement local (SDL) est censée être la clé qui dopera les ressources financières de Casablanca et libèrera définitivement son potentiel fiscal. «Casa Mawarid sera le fer de lance pour optimiser les ressources propres de la Commune en libérant, entre autres, les synergies avec les différentes structures comme l'administration fiscale ou l'agence urbaine», nous déclarait récemment l'édile de Casablanca.

Rendre opérationnelle cette structure est par ailleurs un engagement pris par la Ville dans le cadre du Prêt pour résultat de 172 millions d'euros, accordé par la Banque Mondiale au Conseil communal en 2017. «Voyant que les objectifs fixés en matière d'amélioration des recettes de la commune définitivement compromis, la Banque Mondiale a restructuré le prêt tout en introduisant Casa Mawarid en tant que Résultat lié au développement auquel est conditionné le décaissement de 3,5% du montant de l'emprunt», nous explique un connaisseur du dossier. «Néanmoins, l'état d'avancement dans l'opérationalisation de cet organe est tel qu'il n'y a pas eu encore un seul euro décaissé sur les 6 millions prévus pour cette ligne», ajoute notre source.

Pourtant, les statuts de Casa Mawarid ont été approuvés dans la foulée de la restructuration du prêt, au premier semestre 2019. Mais le processus est resté à l'arrêt pendant près de deux ans, aggravé par les contraintes de la crise sanitaire. Ce n'est qu'en mars 2021 que le premier Conseil d'administration de la SDL est organisé et que le processus de recrutement d'un directeur général est lancé.

Najib Ouradi, alors directeur de la Transformation numérique à Casa Prestations, se positionne alors pour le poste et franchit les étapes du comité de sélection comme une formalité. Sauf que Abdelaziz El Omari, alors président du Conseil, va temporiser le processus. «Il ne semblait pas être convaincu du bilan des réalisations de ce candidat à la “business unit“ qu'il pilotait, dite Casa Numeric», nous explique un ancien membre du Conseil de Casablanca.

Le mirage Casa NumericNajib Ouradi fait partie de ce contingent de fonctionnaires r'batis recrutés pour la mise en place des premières SDL à Casablanca. Casa Prestations, pionnière des SDL bidaouies, a été en quelque sorte le premier bébé de l'ancien wali, Khalid Safir, qu’il a alors confié à un de ses hommes de confiance en la personne de Jamal Chaarani. C'est ce dernier qui a recruté Ouradi, avec lequel il avait travaillé chez Poste Maroc, pour le nommer responsable du vaste chantier de la transformation numérique de Casablanca.

Dans la foulée du lancement du Plan de développement du grand Casablanca (PDGC), on promettait alors de faire de Casablanca une smart city, avec un schéma directeur numérique, des bornes interactives déployées dans les artères stratégiques, des retransmissions live des sessions des conseils communaux, des services en ligne à la pelle, et une foule d'autres chantiers digitaux qui attendent encore d'être déployés…

Selon des sources proches de Casa Prestations, la plupart des chantiers amorcés par Casa Numeric sont restés au stade de développement sans jamais pouvoir être effectivement opérationnels. «Des dizaines de millions de dirhams ont été déboursés dans le développement de solutions et applications sans tenir compte de la réalité du terrain qui retarde leur déploiement», affirme un ancien de Casa Prestations.

Digitalisation et déploiementLa nouvelle équipe du Conseil communal n'a pas encore dressé le bilan de ce chantier de transformation digitale dont la dernière convention (liant la Ville à la SDL Casa Prestations) prévoit un budget de plus de 30 millions de dirhams pour le système d'information. «Il y a eu le développement de plateformes intéressantes, mais le challenge est de les rendre aujourd'hui opérationnelles par les bureaux des conseils d'arrondissements, mais aussi par le recrutement de e-citoyens», admet un proche de Nabila Rmili.

Des applications comme Majaliss (dédiée au suivi des actions des bureaux d'arrondissements) ou encore comme Chikaya (pour le recueil des plaintes) existent certes déjà, mais restent peu alimentées et suivies. Même la mise à jour du site officiel du Conseil communal laisse à désirer: les nouveaux membres du Conseil et du bureau n'y figurent pas encore, alors que cela fait six semaines que les élections communales ont été bouclées. «Nous venons de récupérer la gestion du site de la Commune avec l'arrivée à terme de la convention avec Casa Prestations», se justifie un membre de l'équipe de communication de la mairie.

Pis encore, un récent bug informatique a paralysé plusieurs applications de la ville. «Un virus avait touché plusieurs plateformes, dont certaines stratégiques, comme celle dédiée à la gestion du marché de gros», confie une source proche du Conseil. Et la gabegie ne s'arrête pas là: récemment, un lot de dizaines d'ordinateurs et d’imprimantes était toujours emballés dans les cartons, alors que ce matériel bureautique de base devait être utilisé depuis des lustres, dans la commune de Sidi Belyout.

Nouveau challengeCe bilan peu reluisant, Najib Ouradi n'a pas souhaité le commenter en répondant aux questions que Le360 lui a adressées. Idem pour la direction de Casa Prestations qui chapeaute cette «business unit». Nabila Rmili, de son côté prend du recul quant à cet état des lieux: «je ne suis pas en mesure actuellement d'évaluer le bilan de M. Ouradi», explique l'édile de la ville. «Son recrutement à Casa Mawarid a été décidé dans une commission comprenant plusieurs parties prenantes comme la Wilaya et la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT). Il ne manquait que l'officialisation de sa nomination retardée pour on ne sait quelles raisons par l'ancien bureau. Je ne suis pas là pour en rajouter aux blocages. Il faut désormais aller de l'avant et rectifier le tir si nécessaire», nous explique la présidente du Conseil de la Ville, qui a pris son temps avant d'assumer cette nomination héritée de son prédécesseur.

Ce n'est en effet que six semaines après la constitution de son bureau que la première dame de Casablanca s'est décidée à entériner cette décision, probablement pour faire bonne figure devant les experts de la Banque Mondiale, censés mener une nouvelle mission d'évaluation du prêt programme pour Casablanca. Devant ces derniers, Najib Ouradi devrait convaincre et présenter son plan d'action pour Casa Mawarid, qui devrait booster les ressources fiscales propres de la ville, estimées à quelque 3 milliards de dirhams, mais aussi recouvrir une bonne dizaine de milliards de dirhams de Casablanca.

Sauf que le baptême de feu du nouveau fiscaliste en chef de Casablanca se serait mal déroulé. «C'est une présentation même pas digne du dernier chef de service des services fiscaux de la ville!», lui aurait lancé un haut responsable de la commune, à l'issue de son exposé lors de la réunion du 23 novembre. «Il est vrai que la présentation de M. Ouradi a porté sur des chiffres connus de tous. Mais il faut lui accorder le temps et les moyens pour peaufiner sa vision», confirme un proche du Conseil. En d'autres termes, le nouveau patron de Casa Mawarid a encore tout à prouver…

Par Fahd Iraqi
Le 03/12/2021 à 08h30