Secteur privé: la Banque mondiale appelle à une deuxième génération de réformes au Maroc (Document)

Siège de la Banque mondiale à Washington

Siège de la Banque mondiale à Washington . DR

Réalisé à la demande et sous la direction de la SFI, le rapport de la Banque mondiale établit un diagnostic sans appel du secteur privé marocain. Extraits.

Le 05/08/2019 à 13h48

Intitulé « Créer des marchés au Maroc. Une deuxième génération des réformes: stimuler la croissance du secteur privé, la création d’emploi et l’amélioration des compétences», le rapport de la Banque mondiale formule une série de recommandations traitant des domaines variés: infrastructures, entrepreneuriat, la concurrence, etc.

Voici quelques extraits des conclusions de ce document de 154 pages.

«Malgré le taux d’investissement remarquablement élevé du Maroc, l’un des plus élevés au monde avec une moyenne de 34 % du PIB par an depuis le milieu des années 2000, les retombées, en termes de croissance économique, création d’emplois et productivité, ont été décevantes.

Comme l’ont fait valoir d’autres analyses, notamment le Mémorandum économique sur le Maroc (CEM) et le Diagnostic-pays systématique (DPS) de la Banque mondiale, le modèle existant basé sur une croissance dépendante du taux très élevés d’accumulation de capital public fixe, n’est pas soutenable.

Un secteur privé plus dynamique est nécessaire pour créer davantage d’emplois. A l’échelle mondiale, il a été démontré que la plupart des emplois sont créés par de jeunes entreprises de moins de cinq ans. Le Maroc doit créer un environnement favorable aux entreprises afin qu’elles puissent pénétrer les marchés, se développer et exporter.

L’accent mis sur la contestabilité du marché et la concurrence contribuerait à créer les conditions de l’émergence d’un secteur privé dynamique et diversifié, capable de créer les emplois dont le Maroc a urgemment besoin. Etablir des règles du jeu équitables pour tous les opérateurs est essentiel afin de favoriser la concurrence sur le marché.

Les politiques, qui ont favorisé les IDE et de larges investissements, accentuent les disparités dans les conditions de marché auxquelles sont confrontées les entreprises, d’autant que les mesures visant à répondre aux besoins des petites entreprises ont connu un succès relativement moindre.

Il est essentiel de compléter les politiques qui ont favorisé un nombre relativement limité de champions économiques dans des secteurs stratégiques en mettant l’accent sur des conditions de concurrence et des services favorables qui soutiennent toutes les entreprises, notamment les PME.

La faiblesse de l’industrie automobile réside toutefois dans les retombées économiques limitées dans l’économie locale et l’incapacité des champions locaux à faire leur entrée dans les chaînes de valeur. Peu d’entreprises marocaines ont rejoint les clusters automobiles, soit par la modernisation de leurs activités, soit par le biais de joint-ventures.

Investir dans le capital humain est essentiel à la fois pour élargir le vivier d’entrepreneurs potentiels au Maroc et résorber l’inadéquation des compétences. L’enseignement supérieur et la formation professionnelle sont également des domaines où une plus grande participation du secteur privé pourrait déboucher sur de meilleurs résultats en termes de rééquilibrage des compétences et de contribution à la croissance de l’emploi.

L’écart entre le développement avancé du système bancaire et le développement du marché des actions est important. Les instruments de financement à long terme, le financement en fonds propres et les marchés des capitaux sont sous-développés au Maroc, ce qui affecte non seulement les PME, mais aussi les jeunes entreprises innovantes et les grandes entreprises qui ne sont pas à l’abri des contraintes financières.

Ci-après les recommandations formulées par les experts de la Banque mondiale:

Améliorer la contestabilité des marchés

1. Analyser la neutralité concurrentielle des activités commerciales des entreprises publiques en effectuant des analyses de subsidiarité et en clarifiant la portée de leurs activités. Appliquer le même ensemble de règles et fournir les mêmes incitations aux activités commerciales des entreprises publiques que celles offertes aux entreprises privées (par exemple, marchés publics, accès au foncier et aux financements).

2. Transférer au Conseil de la concurrence le pouvoir d’approuver les fusions et acquisitions.

3. Harmoniser les incitations publiques (telles que les incitations, les subventions, la formation) entre tous les exportateurs, quelle que soit leur localisation.

4. Accroître les incitations à libérer des terrains en vue d’investissements productifs et uniformiser les règles du jeu entre les acteurs privés et les entreprises publiques (par exemple, augmenter la taxation des terrains non utilisés, améliorer l’accès aux informations sur la disponibilité des terrains).

5. Réduire les droits de douane à l’importation sur les biens de consommation pour diminuer la protection sur le marché intérieur, encourager les investissements dans les industries axées sur l’exportation et réduire ceux dans les secteurs non échangeables.

Entrepreneuriat et développement des PME

1. Intensifier les activités qui favorisent l’entrepreneuriat, comme le mentorat, le réseautage et les concours d’entreprises ; continuer à soutenir et à développer l’offre de services d’incubation, d’accélération et de développement commercial aux startups.

2. Développer les programmes d’acquisition des compétences entrepreneuriales à tous les niveaux de l’enseignement et mobiliser les talents existants comme les Marocains résidant à l’étranger.

3. Améliorer l’accès financier et la viabilité des startups et des PME existantes en fournissant un financement tout au long du cycle de vie des projets des startups ; en adoptant la loi sur le financement participatif (crowdfunding) ; en appliquant des instruments de garantie pour injecter des financements à long terme aux PME ; en fournissant aux PME une assurance-crédit afin de limiter l’impact des retards de paiement B2B.

4. Mettre en œuvre la stratégie numérique du gouvernement, Maroc Digital 2020, et les programmes (dont e-paiement et plateformes numériques) ; renforcer l’Agence de Développement du Digital. Favoriser l’économie numérique en améliorant l’accès à l’infrastructure à large bande existante (par le partage de l’infrastructure entre les entreprises de télécommunications) grâce à la mise en œuvre de la réglementation et en assurant une plus grande clarté et transparence réglementaires.

5. Mettre en œuvre le décret gouvernemental sur les marchés publics à tous les niveaux gouvernementaux (central, local et des entreprises publiques).

Infrastructure

1. Encourager la mise en place de projets susceptibles d’être financés par le secteur privé, notamment en renforçant les capacités des fonctionnaires des entités responsables.

2. Identifier les services d’infrastructure viables à sous-traiter au secteur privé.

3. Établir des lignes directrices claires pour l’octroi de garanties aux entreprises publiques et encourager celles-ci à financer les investissements sur une base commerciale. Renforcer la capacité du secteur public à suivre et évaluer le portefeuille de PPP.

4. Améliorer la transparence des réglementations sectorielles et éliminer les chevauchements entre la législation sur les PPP et les lois sectorielles spécifiques.

5. Améliorer la disponibilité et la transparence de l’information financière et de l’information sur les performances dans les secteurs où des investissements privés sont nécessaires.

Approche ‘Deep Dive’ pour les opportunités du secteur privé

1. Transversalité: Les investissements privés dans tous les secteurs bénéficieraient des mesures susmentionnées, en particulier celles qui améliorent la contestabilité des marchés.

2. Enseignement supérieur: Augmenter les inscriptions dans les universités privées pour absorber un plus grand nombre de diplômés du secondaire et améliorer la qualité de l’enseignement supérieur en veillant à ce que la nouvelle réglementation sur la reconnaissance par l’État ne protège pas les opérateurs historiques; rendre l’enseignement supérieur privé moins cher, notamment en réduisant les frais lorsque l’État est partie prenante et en accordant des bourses d’étude ou des prêts étudiants.

3. Formation professionnelle: favoriser la formation professionnelle privée en reproduisant les PPP (IDG)

couronnés de succès ; canaliser les ressources vers la formation en cours d’emploi.

4. Secteur automobile: soutenir de manière proactive l’investissement intérieur et le développement

des PME locales dans le secteur automobile en cartographiant les entreprises à fort potentiel dans le secteur et au-delà, notamment les fournisseurs dans les secteurs de l’emboutissage métallique, de l’intérieur et des sièges, faciliter les joint-ventures et apporter une aide financière et technique aux candidats éventuels.

5. Secteur aéronautique: attirer davantage d’investisseurs étrangers en intensifiant la formation et la mise à niveau des compétences, en développant les clusters et les activités de maintenance et de réparation ; en apportant un soutien plus structuré aux entreprises pour l’acquisition de normes industrielles; en améliorant l’accès à des terrains abordables dans des sites appropriés.

  • banque_mondiale.pdf
Par Ayoub Khattabi
Le 05/08/2019 à 13h48