Ces Marocains qui rejoignent Daech

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ChroniqueCertes la police fait très bien son travail et ne cesse de démanteler des cellules de malfaiteurs intoxiqués par le discours pseudo religieux. Mais il faudra accompagner ce travail de vigilance par l’éducation.

Le 15/02/2016 à 18h00

« L’Afrique du Nord est la première zone exportatrice de combattants de Daech, même si ces derniers sont de 67 nationalités différentes. Au Maroc, 300 à 500 personnes seraient prêtes à partir immédiatement au combat. D’où la prolifération de cellules terroristes dans le royaume. Depuis 2013, les services marocains de sécurité ont réussi à démanteler 30 cellules terroristes et 150 cellules depuis 2002. »

Cette info lue ce matin sur Le360 donne froid dans le dos. Alors pourquoi ? Comment ? Et que faire ? Comment cela se fait-il que quelques centaines de Marocains aient décidé de détruire la paix dans leur pays, créer la panique et porter un coup fatal au tourisme et du coup à toute l’économie ? D’où vient leur manque de sens patriotique ? Comment est née cette pulsion pathologique qui les mène vers la mort, la leur et souvent aussi celle des innocents ? Qui est responsable de cette catastrophe annoncée ? On a tous remarqué que ceux qui ont agi en France et en Espagne étaient d’origine marocaine. Triste constat. Le Maroc n’avait pas besoin de ce genre de publicité.

En dehors de la colère et de l’indignation, posons les questions en toute sérénité pour trouver l’origine de ce phénomène. Certes la pauvreté mais pas seulement, les inégalités sociales, les humiliations, les frustrations, la propagande des télévisions du Golfe qui répand un poison incolore et inodore, (chaînes néfastes qu’il faudra bien un jour les empêcher d’arriver dans le ciel Maroc), la vie difficile et puis le vide, le grand vide créé par l’absence de l’éducation, par la médiocrité de l’éducation nationale, par l’absence de la culture. Là est le nœud cruel du problème. Nous avons depuis des décennies négligé, marginalisé et même dans certains cas combattu l’intelligence, la création, la beauté, l’audace créatrice. Pas de lieux où attirer des adolescents qui voudraient satisfaire leur part essentielle de leur formation : la culture dans sa diversité, le champ libre pour développer et améliorer leur imaginaire.

A la place, il y a la rue, la grande rue, ouverte sur le trafic en tous genres, sur l’aventure à la limite de la légalité. La rue et puis les lieux malsains où traînent aussi bien des voyous décidés à tout détruire que des aventuriers d’un type nouveau, brandissant l’étendard de l’islam avec un discours mensonger, assez démagogique et puis tout le reste, la drogue, le manque de l’autorité parentale, les fréquentations douteuses, l’argent facile et puis tout d’un coup la fameuse lumière qui agit sur l’adolescent comme un coup de foudre : ce monde ici bas est moche, pourri, plein de vices ; seul le monde de l’au-delà pourrait offrir un sens à leur vie. N’ayant pas trouvé ici bas un sens à leur vie, ils trouveraient dans l’au-delà, dans le jihad et la guerre, un sens à leur mort. Le sacrifice devient un désir, fort, attirant.

Une fois qu’on a admis ces explications, comment agir pour prévenir d’éventuels candidats au malheur ? Certes la police fait très bien son travail et ne cesse de démanteler des cellules de malfaiteurs intoxiqués par le discours pseudo religieux. Mais il faudra accompagner ce travail de vigilance par l’éducation. Partout et à tous les niveaux. Tout le monde devrait s’y mettre : les parents, les enseignants, les médias, (avec une part importante pour le visuel), les autorités politiques, les responsables religieux, tous ceux qui sont susceptibles d’influer sur cette jeunesse en train de perdre et la tête et la vie. C’est urgent. Mobilisons-nous.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 15/02/2016 à 18h00