Choses vues à Paris

Fouad Laroui. 

Fouad Laroui.  . DR

Chronique«Macron» est tout entier contenu dans «marocain», fût-ce dans le désordre. Cela augure bien des rapports futurs entre le Royaume et la République.

Le 10/05/2017 à 11h26

Dimanche dernier, votre chroniqueur, n’écoutant que l’appel du devoir professionnel, s’est arraché au confort de son canapé, du côté de Ménilmontant, pour aller au Louvre observer l’intronisation du nouveau roi de France, Emmanuel Macron. N’étant ni politologue ni sociologue, je me contenterai de noter deux ou trois choses que j’ai vues, sans prétendre en tirer la moindre conclusion. Les lecteurs du 360.ma sont assez intelligents pour se faire eux-mêmes une opinion.

En arrivant sur place, c’est Mona Lisa qui nous accueille. En effet, le pavillon de Marsan, pendant du pavillon de Flore, est en réfection et les vilains échafaudages sont recouverts par une immense reproduction du chef-d’œuvre de Léonard de Vinci. Tout au long de la soirée, elle nous enveloppera de son regard indulgent: elle en a vu d’autres…

Jamais je n’aurai été autant palpé, fouillé, examiné: entre la station Louvre-Rivoli et le Carrousel, où je me plante pour vivre la soirée, ce sont quatre barrages de sécurité qu’il faut franchir. Le troisième est le plus surprenant, en ce qui me concerne. Le gars qui me palpe bavarde avec son voisin tout aussi palpeur, et ils le font en darija avec l’accent doukkali. Je résiste à la tentation de leur susurrer qu’ils ont affaire à un compatriote. J’imagine la fureur d’un partisan de Le Pen soumis à une telle avanie. Tripoté par un Arabe pour s’assurer que lui, français depuis Clovis, n’est pas un terroriste…

Installé sous le petit mais très élégant arc de triomphe du Carrousel, c’est encore de la darija, notre bon vieux dialecte marocain que j’entends sur ma gauche. Je me tourne discrètement: ce sont deux jeunes étudiantes (du moins le supposé-je), élégamment vêtues, qui parlent politique française avec l’accent de Rabat – ou peut-être est-ce celui de Casa, je n’arrive pas toujours à les distinguer.

La télé interviewe des supporters de Macron. Le premier est un Marocain naturalisé de fraîche date, venu là avec sa femme et leur petit garçon.

Enfin, pas loin de minuit, après le discours de Macron, je quitte les lieux, l’estomac dans les talons. Heureusement, des marchands ambulants se sont installés le long de l’avenue de Rivoli, qui proposent des sandwiches de brochettes ou de merguez pour la somme modique de cinq euros. Je tends un billet de 10 euros et le marchand demande à son associé de me rendre la monnaie. Il le fait, j’allais dire «naturellement», en darija mâtinée de tachelhit (plus Tafraout qu’Agadir).

Conclusion (oui, finalement j’en propose quand même une): le nom «Macron» est tout entier contenu dans l’adjectif «marocain», fût-ce dans le désordre. Est-ce une coïncidence? En tout cas, tout cela augure bien des rapports futurs entre le Royaume et la République… 

Par Fouad Laroui
Le 10/05/2017 à 11h26